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392                 M. PAUL DESJARDINS

n'est pas à elle-même son but; elle n'est qu'un moyen ten-
dant à une fin placée au delà de ce monde. Compris de la
sorte, le pessimisme est, au fond, le principe même des
religions, en nous faisant sentir la nécessité d'un secours
surnaturel pour porterie poids de la vie. « Une philosophie
sérieuse est naturellement pessimiste, dit M. Alexandre
Vinet : le pessimisme est une des doctrines, ou l'une des
bases de la doctrine de Pascal. » L'insuffisance de notre
raison, dont on a voulu faire l'idée fondamentale des Pensées,
n'est en effet, pour Pascal, qu'une preuve de plus de cette
déchéance dont la religion peut seule nous relever. Pour
lui, « la condition de l'homme n'est qu'inconstance, ennui,
inquiétude. » — Ce qui l'étonné le plus « est de voir
que tout le monde n'est pas étonné de sa faiblesse. » —
« C'est en vain, dit-il, ô hommes, que vous cherchez dans
vous-même le remède à vos misères             Il est bon d'être
lassé et fatigué par l'inutile recherche du vrai bien, afin de
tendre les bras au libérateur. »
   « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ! »
s'écrie-t-il ailleurs, dans sa brève et saisissante éloquence.
Mais il avait dans sa foi religieuse le remède aux tourments
du doute. Combien d'hommes de notre temps éprouvent
le même sentiment de vide et d'anxiété, sans avoir la même
consolation! Et cependant tous, dans une mesure différente,
ressentent le besoin et l'attrait du surnaturel. 11 en est même
qui peuplent ces vastes espaces dont parle Pascal des
créations de leur imagination ou de leur névrose, et croient
à des communications d'outre-tombe dont ils sont eux-
mêmes probablement les auteurs inconscients. Tout en blâ-
mant et déplorant ces erreurs, nous ne pouvons nous
empêcher de voir dans le spiritisme une dérivation malsaine
du grand courant spiritualiste, qui, sous l'écume de la sur-