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370 LES ALIÉNÉS DEVANT L ' O P I N I O N
limitée au cas où la nécessité de la séquestration n'excède
pas la durée de trois mois. Dès lors, l'accès du foyer est
ouvert au mandataire de la justice : le secret de la famille
cesse d'exister. Le traitement médical, les soins de toute
sorte sont contrôlés d'une manière qui peut ne pas être
toujours équitable et bienveillante; en un mot l'ingérence
de l'état dans un intérieur privé se trouve ainsi légitimé.
C'est en vain que l'on objectera l'intérêt de la morale et
celui du malade pour justifier cette mesure. S'il en est ainsi,
pourquoi le soustraire pendant trois mois à cette sur-
veillance légale ? Comme si, dans cette période, il n'était
pas possible d'accomplir tout ce que peuvent inspirer la
cupidité ou d'autres passions mauvaises au détriment de ce
malheureux ?
L'introduction des mandataires de l'Etat dans le milieu
même de la famille, quand il s'agit d'un cas d'aliénation
mentale et comme mesure préventive, est une innovation
dont les conséquences ont une portée considérable et qui
n'est peut-être pas aussi indifférente qu'il le semble. On
pourra y trouver un précédent pour pénétrer sous d'autres
prétextes dans l'intérieur des familles, d'autres prétextes
aussi bien justifiés. Il ne sera plus permis d'invoquer
l'inviolabilité du foyer, dès qu'un intérêt quelconque
pourra s'attacher à la connaissance de ce qui s'y passe.
Comment spécialiser ce privilège à une seule maladie
quand il en est d'autres qui intéressent également la sécu-
rité et l'hygiène publique, comme les maladies contagieuses,
infectieuses ou virulentes, susceptibles d'être transmises ?
Il y a un intérêt aussi grand pour la société de faire dispa-
raître les foyers d'infection et pour cela de pénétrer dans
le secret intérieur.
Il n'y a pas, non plus, que la folie capable d'enchaîner la