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                     ET DEVAMT LA LOI                     363

peccadille quand ce n'est pas un acte d'habileté. Ces trans-
formations de l'esprit public exigent, sans doute, des modi-
fications appropriées de nos institutions pour maintenir
entre elles un rapport constant; mais autre chose est
d'opérer des réformes et des additions ou de renverser
une loi pour en édifier une nouvelle. C'est ainsi que la loi
de 1838, irréprochable à l'époque de sa création, a présenté
peu à peu des insuffisances, à mesure que les nécessités de
la vie sociale se transformaient. Le principal défaut qu'il
est permis de signaler, consiste en ce qu'elle n'accorde
plus une protection suffisante aux biens des aliénés;
mais, chose très singulière, ce n'est pas à cet égard qu'on
s'est récrié contre elle, ce sont, au contraire, les disposi-
tions les plus sages et les moins accessibles à la critique
qui l'ont provoquée. On proteste contre la législation des
aliénés et l'on ne se fait pas de scrupules quand il s'agit de
les dépouiller de leurs biens et de mettre en péril leurs
intérêts. Il était donc juste d'opérer des réformes urgentes,
mais il n'y avait pas de motifs pour édifier une législation
nouvelle.
   Le projet adopté par le Sénat pour être substitué à la loi
de 1838, paraît avoir été inspiré, avant tout, par le désir
d'imposer silence aux réclamations de la presse et de don-
ner satisfaction à l'opinion qu'elle a surexcitée. Les légis-
lateurs n'hésitent pas à en faire l'aveu ; tous s'accordent
à rendre hommage à la loi qu'ils suppriment et à la pro-
clamer au-dessus des accusations dont elle est l'objet.
Pourquoi donc porter snr elle une main destructive, sinon
pour obéir à des préjugés dont tout le monde reconnaît
l'inanité? En bonne logique, le rôle du législateur est de
diriger l'opinion et d'en réprimer les écarts, et non pas
d'en subir l'impulsion. Telle a été, cependant, la disposi-