page suivante »
LA PESTE A SAINT-GENEST-MALIFAUX 351
irère, son mari et tous ses enfans morts de la peste et
enterrés par les champs fut veue en la danse et déguisée
par caresme prenant et tout cela en un temps d'une telle
désolation que l'église mesme étant fermée, privée de
sacrifices et de prestres, en portoit le dueil.
Une servante curieuse plus que son maître de savoir
qu'etoit devenue sa maîtresse, ne l'ayant trouvée en son
lit, duquel elle s'absentoit quelquefois, en fit une allarme
telle que tout le voisinage le sçut, et la cherchèrent, et fut
trouvée venir environ la minuit d'un lieu, où on ne l'eut
pas voulu trouver ; la pauvre servante eut son congé pour
récompense.
Une servante, laquelle s'exposa pour servir sa maîtresse
jusqu'à la mort et la belle-mère de sa maîtresse, et les
ayant servi jusqu'au tombeau, qui étoit une œuvre admi-
rable, elle prit le mal, duquel Dieu la guérit, mais au lieu
d'en rendre grâce à Dieu et de faire son profit de ce bon
œuvre, elle eut un enfant de son maître.
Tout ce que dessus est notoire à tout le monde, et ces
deux bruits couraient de main en main avec des indices
fort certains que devant la peste on commetoit un sacrilège,
un adultère, un inceste, ce qui est bien plus étrange, cela
se continuoit pendant la peste et après de fort proche du
plus gros spectacle, Ã ce qu'on dit.
Plusieurs mois devant que la peste fut, il y avoit une
famille si ennemie de la paix, que presque tous les jours on
les voyait s'outrager ou s'entrebattre, et plusieurs fois on a
vu leur bru, femme de l'héritier, aux abois de la mort Ã
force de coups que chacun lui donnoit sans sujet avec des
jurements et imprécations incroyables; néanmoins la peste
étant venue, la susdite femme s'exposa pour servir son
mari, voire toute sa famille, s'il en eût été de besoin; mais