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120 LUG EN CELTIQUE on se départ trop souvent, même de nos jours. Le meilleur historien, lorsqu'il s'agissait de temps reculés, était celui qui inventait la fable la plus ingénieuse. Ce que Clitophon n'ignorait pas, c'est que le symbole de Lugdunum était un corbeau. Là -dessus il édifie sa légende, tout à fait dans le goût antique, et pour en fournir une preuve de plus, il explique que le mot de corbeau se retrouvait dans le nom même de la ville. Il savait bien qu'il n'y aurait personne pour lui donner le démenti ! Le celtique, comme tous les dialectes barbares et sans littérature, était profondément méprisé des Grecs. Qui se serait soucié de l'apprendre? Nous n'avons pas besoin d'aller si loin pour voir comment l'abbé Grégoire traitait nos patois il n'y a pas cent ans! Je crois fermement que Clitophon savait beaucoup moins de celtique que M. Zeuss. Il pouvait fort bien connaître des mots d'un usage aussi général que dun, qui entrait dans la composition de tant de mots, et ignorer le sens de lug. Mais cela importe fort peu. On peut être sûr qu'il n'eût pas hésité à commettre une inexactitude pour venir à l'appui de sa fable. L'étrange serait précisément que le mot dun nous eût été conservé, et non le mot lug. On comprendrait que l'introduction d'un mot roman eût fait disparaître le doublet celtique, mais on a vu, au contraire, que tous les mots celtiques signifiant corbeau sont autochtones. Comment lug, contraire d'ailleurs aux lois qui ont présidé à la for- mation des1 expressions pour « corbeau », aurait-il été rem- placé dans tous les dialectes, sans exception, et cela dès le vm c siècle (10)? (10) M. Aug. Bleton, dans une note communiquée à la Société lit- téraire et imprimée depuis, est allé au-devant de l'objection. Il a fait