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ET LA POÉSIE PHILOSOPHIQUE 101
lement qu'un alexandrin soit nécessairement beau dès
qu'elle a réussi à se loger dans ses douze syllabes. Tension
n'est point synonyme d'élévation dès qu'il s'agit de style.
Le poète n'a-t-il point fait d'ailleurs la plus fine et la meil-
leure critique de cette tendance, lorsqu'il félicite la Muse
de Mistral de peindre ingénuement et la nature et la pas-
sion, sans s'égarer dans la discussion philosophique.
Dans la Provence, où l'on est moins troublé qu'ici,
En paix, au grand soleil, Mistral, tu peux encore
Chanter les cœurs qu'allume et les fronts que dévore
Un ciel chaud dont l'azur n'est jamais obscurci.
A nos subtils pensers dont tu n'as point souci,
A nos vagues tourments que ta verdeur ignore,
Tu n'as jamais prêté ton langage sonore,
Trop ingénu pour eux, trop éclatant aussi.
Nous, nous voulons toucher tout ce qui nous dépasse,
Nous posons, curieux, dans l'âme et dans l'espace,
Sur tous les infinis ht loupe et le compas ;
Toi dont la Muse, au lieu d'explorer, se rappelle,
Fidèle en haut à Dieu, fidèle au peuple en bas,
Tu puises les beaux vers à leur source éternelle (7).
La poésie philosophique n'est d'ailleurs vraiment heu-
reuse que lorsqu'une grande idée nouvelle la relève. Le
très beau sonnet adressé à Pasteur en est une vivante
démonstration.
Au temps d'Hercule', au temps des robustes héros,
La nature indomptée attaquait l'homme en face :
L'homme à son tour, puisant dans sa vigueur l'audace,
Étreignait, front à front, le lion le plus gros.
(7) Pour les Arts, sonnet à Frédéric Mistral.