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              LE COMPARTIMENT DES FUMEURS                    6j

moment, isolé du monde entier, sur le point d'être fusillé
dans un coin, comme un espion ou comme un chien, je
bénis une institution, grâce à laquelle j'allais pouvoir serrer
une main amie et entendre une parole de suprême conso-
lation, avant d'entrer dans le redoutable inconnu.
   « J'avais donc réclamé le curé, et j'attendais, me pro-
menant à pas saccadés, essayant à me remémorer les prières
de mon jeune âge. Ah ! mon ami, comme tout — hommes
et choses, et les autres, et nous-même — prend un aspect
différent, lorsque nous envisageons la vie, du seuil de la
mort !...
    « Soudain, une voix d'enfant se fait entendre dans le jar-
din. Je m'approche de la grille, attiré par ce charme secret
que l'enfance porte avec soi : c'est une ravissante fillette,
de cinq à six ans, aux longs cheveux d'or épars sur les
épaules. Le visage collé aux barreaux, de l'âme et des yeux
je savoure avidement cette vision dernière, de vie, de
 jeunesse et de beauté !
    « Poussée par ce sentiment de curiosité naturel à son
âge, l'enfant s'est rapprochée de la fenêtre* malgré le geste
de la sentinelle et les appels réitérés d'une femme que je ne
puis voir. Celle-ci, lassée de son insuccès, se décide alors
à venir prendre la fillette par la main. A peine ai-je aperçu
ce second visage, qu'un cri involontaire, s'échappe de ma
poitrine; la dame me regarde fixement, reste une minute
interdite, puis disparaît, entraînant l'enfant.
    « La baronne Bergier Von Thaler et moi nous nous
étions reconnus !
    « Au même instant, la porte s'ouvre, livrant passage à
un prêtre. Tu comprends qu'ajournant tout autre sujet
d'entretien, je le questionne d'abord sur la présence de la
baronne dans ce jardin et lui raconte en quelles circons-