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488 LETTRES SUK LA SARDAIGNE. Le premier jour de la chasse, posté derrière un arbre, au fond d'une crevasse, qui servait de lit'au torrent et de sentier au chasseur, je passai quelques heures assez dramatiques : le fusil au bras, le couteau tiré , croyant entendre à chaque aboiement, à chaque bruissement du feuillage , le souffle sonore du sanglier aux abois. Mais, après trois heures de faction, comme rien n'avait encore paru, que la forêt était devenue silencieuse , ne pouvant en outre m'éloigner qu'eu m'exposanl à recommencer, en ma personne, les aventures de Robinson, je posai mon fusil sur le rocher el me couchai contre le tronc de l'arbre , bien décidé à ne pas déranger le sanglier dans sa course, s'il avait la fantaisie de prendre le torrent pour un sentier. Cinq heures après, les chasseurs , chargés de huit sangliers , vinrent me chercher à mon poste pour retourner au quartier-général où l'on devait passer la nuit. Huit sangliers ! morbleu! quels chasseurs que vos sardes, devez-vous dire , en souriant d'une façon quelque peu bles- sante pour ma bonne foi ! mais je vous excuse volontiers : ce nombre peut sembler exagéré à ceux qui n'ont pas visité la Sardaigne , el qui par conséquent ignorent que cette île, le rendez-vous des oiseaux voyageurs, possède en abondance tous les grands gibiers de l'Europe, mais surtout des san- gliers bas el vigoureux, dont la chair fournit aux sardes une nourriture excellenle. Le lendemain on devait attaquer les mouflons. Aussi, le soir, chacun préparait ses armes et exerçait son adresse; caria chasse du mouflon, c'est la grande chasse de la Sardaigne. Le moullon, espèce perdue, qui ne se trouve plus que sur les montagnes de la Corse et surtout de la Sardaigne, est un animal élégant et vigoureux, ayant le poil de la chèvre et la forme du bélier, dont il est, dit-on, le type primitif. Ses cornes sont hautes et tordues; sa queue courte et relevée ; et puis c'est un gibier courageux et indomptable, qui, lorsqu'il se sent