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454                  OU GÉNIE LITTÉRAIRE




   Le principal des caractères communs à nos écrivains et à
ceux de l'antiquité, c'est la prédominance du sentiment hu-
main sur lu sentiment du monde invisible et de la nature.
Dans leur poésie, consacrée toute entière au fini, le ciel et la
terre ne sont que les accessoires de l'homme, loin de l'absor-
ber, comme dans les compositions panthéistes de l'Orient,
dont la Grèce rompit la première les traditions. Outre celte
ressemblance en ce qui touche l'essence même de la pensée
poétique, ils ont des rapports aussi frappants dans les procé-
dés habituels de composition et d'exécution. Chez nos classi-
ques et chez les anciens, même recherche de l'unité dans
l'ensemble de l'œuvre, de l'exacte proportion dans les d é -
tails. Tandis que les conceptions du Nord et de l'Orient se
déroulent en épopées gigantesques dont le sujet principal se
perd dans la multiplicité des héros et des épisodes, et qui
ont leur type dans l'infinie variété de la nature, la Grèce ra-
mène tout dans l'art à des dimensions mieux en harmonie
avec les proportions humaines. Après elle, noire littérature
a continué à réduire les proportions des objets ; elle a recher-
ché la symétrie avec plus de soin, et s'est attachée à écarter
de l'homme tout ce qui pourrait détourner sa vue de lui-
môme et confisquer son activité au profit delà contemplation,
   Ainsi, la poésie française, comme la poésie grecque et la-
tine, s'agite éternellement dans le cercle du fini ; elle n'a qu'un
seul héros, l'homme social, l'homme isolé de l'univers physi-
que et sans autre rapport avec le monde invisible que la raison.
   L'antropomorphisme de la Grèce païenne a triomphé chez
nous du mysticisme chrétien tout comme du panthéisme
oriental. L'esprit français défend avec énergie sa liberté; il
ne veut pas s'abîmer dans la contemplation de l'idéal ; il ne
se laisse pas enivrer par les merveilles de la création, et j a -