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                         DE LA FRANCE.                         445

c'est, dans le langage de ce monde, quelque chose d'essen-
tiellement peu positif, de vague, d'indéfini ; et cette part d'in-
défini est nécessaire à la vraie, à la grande poésie.
    Or, la langue française ne laisse jamais rien à l'indétermi-
nation et au vague, elle se prêle difficilement à servir une
intelligence où domine le sentiment de l'infini ; son génie sera
souvent rebelle au vrai poêle.
   Mais si la poésie, quant à son essence, réside dans l'inexpri-
mable du sentiment, comme elle est aussi un art dans la plus
large acception de ce mot, c'est-à-dire une création, une
incarnation de l'idée dans un signe, elle est dans un rapport
nécessaire avec le monde des signes et des images, avec
la réalité extérieure; ce rapport consiste dans la parfaite
analogie de l'image, du signe avec la chose signifiée. Ce signe
emprunté à la nature visible doit représenter cette nature
avec beaucoup d'exaclitude et de vérité matérielle; il doit re-
produire l'objet sensible dans son relief et dans sa couleur,
il doit, si j'ose me servir de ce mot nouveau, être fortement
doué de plasticité.
   Or, la langue française n'est pas une langue plastique ;
ses mots manquent de sonorité et d'harmonie imitative ; si,
grâce a sa puissance d'analogie, on obtient aisément d'elle
un dessin correct, son coloris reste souvent sans vivacité et
sans chaleur; son extrême susceptibilité met d'étroites limites
au choix des figures ; son élégance conventionnelle et qui
tombe facilement dans la recherche et la manière, s'aceomode
rarement de l'image telle que la nature la fournirait; elle
corrige, elle émonde, et dans les modifications qu'elle fait
subir aux couleurs prises dans la nature, elle a pour guide
moins le sentiment invariable du beau, que les exigences
toujours capricieuses du goût,elle ajusteplutôl qu'elle n'idéalise.
Il est donc dans le caractère de cette langue de se refuser aux
images plastiques et d'exclure des couleurs qu'elle admet,