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DE LA FRANCE. 435
n'est ni gauloise ni germanique, elle est par-dessus tout
grecque et romaine.
Ce n'est point par un pur caprice de nos grands écrivains
que la littérature française a suivi jusqu'à nos jours les voies
grecques et latines. Les deux derniers siècles croyaient, il est
vrai, n'obéir qu'au sentiment d'admiration que leur causaient
les modèles antiques ; mais c'est d'une cause plus essentielle
que dérive la physionomie latine de la plupart de nos poètes.
Quand commença notre grande époque littéraire, l'élément
latin avait triomphé de tous ceux qui fermentèrent dans le
moyen âge pour constituer l'ensemble de notre nationalité.
Les origines du droit, de la politique et de la langue provien-
nent surtout de sources romaines. Sans doute, le Christia-
nisme eut la plus large action sur le monde moderne, mais
la civilisation qu'apportait le Christianisme à l'Europe r e -
nouvelée par la conquête germanique , c'était la civilisation
de Rome dans tout ce qui n'était pas fondamentalement con-
traire au génie de l'Evangile. L'idée qui dirige les sociétés
actuelles et surtout la France, l'idée de l'unité humaine, a
son premier germe dans l'antiquité. Le Christianisme a donné
la sanction religieuse à ce sentiment, il peut en revendiquer
le côté le plus tendre et le plus idéal ; il l'a agrandi jusqu'au
dogme de la fraternité; mais on peut dire que la véritable
notion de l'humanité date du jour, o ù , pour la première
fois, l'homme a eu conscience de sa distinction d'avec Dieu et
l'univers, et s'est posé en rival devant la nature. Ce joui-
suprême où l'histoire se dégage de la cosmogonie et du
mythe, c'est le soleil de la Grèce qui l'a éclairé.
Avant la Grèce, l'homme était courbé sous une fatalité
immobile; les formes religieuses, les mœurs, l'organisation
politique pesaient sur lui, sans que sa raison, sa personnalité
eussent en rien contribué à sa destinée ; c'était un enfant qui
n'avait pas encore fait acte de libre arbitre, un nourrisson