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                    SORTIE DES LYONNAIS.                     301

 une femme, qui me fit part de leur crainte, et, pendant
tout mon séjour àSainte-A..., qui n'était qu'à deux lieues de
leur habitation, ils n'ont voulu établir aucune communication
avec moi.
    J'ai craint quelques instants de confier ma position à M. J..
et à Mme D..., mais je devais connaître leur cœur et leur gé-
nérosité et croire qu'ils ne verraient ni difficultés ni périls
pour m'obliger. Manquant d'occasions sûres et ne voulant
pas les compromettre, je ne leur avais rien fait dire encore.
Le jeuneG... sortit des prisons de Lyon et revint à Sainte-Â...,
sachant que je manquais d'argent, il prit sur lui de découvrir
ma retraite à M. J... et à Mme D..., dont il connaissait aussi
les généreux sentiments. Dès ce moment, tous les soins,
tous les secours me furent prodigués, sur le champ ils m'en-
voyèrent trois mille fr., L. G... en fut porteur. Qu'on juge de
ma joie en revoyant ce jeune homme que je croyais mort.
Ma sortie de France s'exécuta on ne peut plus heureusement,
j'étais en costume de maquignon, j'avais un habit, veste et
culotte de peluche qu'on m'avait fait faire, Je partis par un
froid rigoureux, je traversai des montagnes, forcé de faire la
 trace dans la neige; après une marche de huit heures
j'arrivai à Bagnols, j'y trouvai un bon lit, ce fut pour moi
une véritable jouissance, depuis plus de seize mois je n'en
avais pas connu l'usage ; le lendemain, je fis dix fortes lieues
et arrivai près de Bourg ; le froid me força de séjourner
quelques jours à Cuiseaux, dans une auberge très-révolution-
naire, où l'on comprend quejen'étaispasàmon aise.Le sixième
jour, j'allai coucher à Lons-le-Saunier: je me trouvai entouré,
 à l'auberge, de marchands, de charretiers, de maquignons, etc.
J'eus le plaisir d'entendre parler de moi ; ils disaient que tous
 les jeunes gens qui avaient passé sur leur route assuraient que
c'était le scélérat de Précy qui était cause de tous leurs mal-
 heurs; qu'on ne savait pas ce qu'il était devenu, mais que s'il