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296                  SORTIE DES LYONNAIS.

verons vos jours à quel prix que ce soit; du moins, promettez-
nous de venir nous trouver si vous éprouvez le moindre obs-
tacle; nulle part vous ne trouverez des amis plus sincères et
plus dévoués. » Je laisse aux belles âmes à apprécier de pareils
procédés, je ne rendrai point les sentiments dont ils m'affec-
tèrent. Je partis au commencement de la nuit, je fis huit
lieues sans me reposer et j'arrivai à la pointe du jour a mon
rendez-vous ; il était chez un vigneron de M. M... Sa maison
était isolée et dépendante de la paroisse de Thisy, j'étais à une
demi-lieue du village dit le bois d'Oingt et près du bois où j'avais
passé une nuit si affreuse, le 9 octobre 1793, avec les débris de
mon armée ; ce pays était extrêmement révolutionnaire et
avait fourni plus de deux mille hommes qui marchèrent
contre Lyon ; on y avait massacré plusieurs Lyonnais, et il
se porta avec acharnement contre nous à notre passage. Le
vigneron chez qui j'étais, nommé Colas, était un assez brave
homme; quoique patriote, il jouissait de beaucoup de consi-
dération parmi les siens, il me reçut assez bien, rassuré par
mon passe-port. Le lendemain, j'appris que le guide
 promis ne viendrait point, que celui qui s'était offert, effrayé
des dangers, avait retiré sa promesse. Le moment, en effet,
était terrible : la faction de Robespierre devenait de plus en
plus audacieuse et sanguinaire. Mon ami de Lyon m'écrivit
qu'il fallait partir seul, qu'il ne me restait que ce parti, que
l'orage grossissait et menaçait d'une explosion terrible; que
les femmes, les enfants des victimes fusillées, mitraillées,
guillotinées étaient arrêtées de tous côtés, qu'on réincarcérait
les gens qu'on avait élargis, et que le même sort attendait
 tous ceux qui n'étaient pas Sans-Culottes. J'étais perdu si
j'eusse suivi cet avis. En effet, comment aurais-je pu faire
 quarante lieues dans le moment où les moindres villages
étaient sous les armes et arrêtaient tout le monde? D'ailleurs,
mon passe-port et mon déguisement étaient plus que sus-