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200 SORTIE DES LYONNAIS. car je puis jurer sur mon honneur que, depuis Lyon jusqu'au bois de Saint-Romain , et quoique exténués de fatigue et de faim, pas un de mes camarades, non , pas un, ne s'est per- mis de prendre un raisin, un seul fruit. Il est tombé plu- sieurs paysans entre nos mains; j'en ai même arrêté un qui me lançait un coup de fourche , aucun n'a été mallraité ni blessé ; mais, ces malheureux étaient si fortement prévenus qu'aucune conduite ne pouvait les faire revenir. Si je l'avais voulu, j'aurais fait bien du mal. Je me félicite de ma con- duite, el les hommes de bien me jugeront un jour. Les scélé- rats, qui ont tant calomnié les estimables Lyonnais, n'ont pu les rendre leurs imitateurs. Toujours poursuivi , perdant des hommes par le feu en- nemi et parla fatigue, j'arrivai à la grande route, à une demi-lieue de Pont-Charrat. II était trois heures. Je voyais devant moi, à une demi-lieue environ, les bois de Saint-Ro- main , et je me flattais de pouvoir les gagner pour y prendre un repos nécessaire. Je ne pouvais pas voir encore les nom- breux rassemblements qui se formaient dans celle partie. Je n'aperçus ceux déjà formés sous la Croizelle et du côté de la Vosge, qu'après avoir traversé la rivière de Tarare. A quatre ou cinq pas de cette rivière, je fis halte, car il n'était plus possible de marcher sans quelques moments de repos. Je choisis un plateau, et je formai ma petite troupe à mesure qu'elle arrivait. Telle était la fatigue de tous qu'ils se jetaient par terre sans pouvoir se tenir debout. J'avais aperçus, à mon arrivée sur le plaleau, un corps de cavalerie d'environ cent hommes, tant dragons qu'hus- sards, qui vint se former en bataille à quatre cent pas en avant de nous. Je vis sur ma droite des drapeaux, el un corps que j'estimais de trois à quatre mille hommes : il pouvait y avoir le même nombre sur ma gauche, au-dessus de la Vosge , et