Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
 146                     M. ALEXANDDE DUMAS.
 question, à moins de supposer que l'auteur pût se priver de
 nourriture et de sommeil tout à la fois. 1/amour de l'or, la né-
 cessité de satisfaire à des engagements d'avance escomptés en
 billets de banque, peut être aussi, comme M. Dumas l'a dit lui-
 même, les ardentes sollicitations de l'amour propre et de l'orgueil,
 avaient produit dans l'organisation du romancier une sorte de
 surexcitation fébrile et d'existence anormale qui lui permettait de
 soutenir ces monstrueux labeurs de la plume et de la pensée.
    Sans doute ce n'était pas un esprit ordinaire qui pouvait se
plier à des conditions de travail aussi étranges : ce n'était point à
une imagination appauvrie qu'il était permis de prodiguer ainsi
tant de sève et de parfum, sans jamais craindre la fatigue, l'hési-
 tation ni l'embarras; mais ces procédés de fabrication, si mer-
veilleux quelquefois par leurs résultats, étaient incompatibles avec
la dignité des lettres. Bientôt on s'émut de ce scandale ; la question
fut portée devant la Société des gens de lettres; il y eut de vives
protestations contre cet envahissement du marché au feuilleton par
une seule denrée, dont l'estampille constituait toute la valeur aux
yeux du vulgaire. On sema les brochures, les pamphlets ; il en
parut un surtout qui aurait beaucoup gagné à être plus modéré,
et moins acrimonieux dans ses attaques (1). Aux accusations du
pamphlétaire M. Dumas ne répondit rien; mais la police correc-
tionnelle, qu'il chargea du soin de venger son honneur outragé,
n'a pas, que nous sachions, en condamnant l'audacieux révélateur,
complètement dissipé les nuages amassés autour du nom de l'au-
teur à'Henri III.
    A l'aide des procédés de composition qu'employait M. Dumas, il

   (i) Le titre seul de cette brochure en fera connaître la pensée : Fabrique
de romans. Maison Alexandre Dumas el compagnie. L'auteur, M. Eugène de
Mirecourt, fut condamné à quinze jours de prison. Cette condamnation, mal-
heureusement, ne prouve pas plus contre lui qu'elle ne justifie M. Dumas.
On sait que la loi n'admet point la preuve des faits diffamatoires. Il suffit
qu'une assertion soit de nature à porter atteinte à l'honneur et à la consi-
dération d'une personne, cette assertion fut-elle vraie d'ailleurs, pour être
réputé délit par la loi pénale (Voir pour ce procès les feuilles judiciaires du
mois d'avril 1845).