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DANS LES UNIVERSITÉS DE ^ALLEMAGNE. 87
convenance parfaites les erreurs et les préjugés philosophiques
de notre temps. On voit que l'ouvrage n'est pas purement his-
torique ; c'est en même temps une apologie indirecte des idées
de l'auteur qui d'un seul coup a doublement servi la cause de la
science et celle de la vérité. Fichte a eu tort, sans doute, de
se borner à exposer la partie théorique de la doctrine des pen-
seurs modernes, de laisser de côté la philosophie pratique pour
retracer et critiquer uniquement les diverses théories de la
connaissance, les hypothèses métaphysiques et les essais de
philosophie religieuse. Herbart aussi n'a été complètement
passé sous silence qu'au grand élonnement de tous les lec-
teurs. Il n'en est pas moins vrai que, tel qu'il est, ce livre est
un des meilleurs manuels de l'histoire de la pensée spécula-
tive en Allemagne, depuis Descartes jusqu'Ã nos jours.
Le môme sujet a été traité par Fichte dans son ouvrage
sur le caractère et le but de la philosophie contemporaine.
Mais ici l'exposition ne suit plus l'ordre chronologique ; l'in-
térêt critique que présente la question l'emporte décidément
dans l'esprit de l'auteur sur l'intérêt historique du sujet.
Fichte s'occupe moins de raconter l'enchaînement des doctri-
nes que de les classer et d'en réfuter les erreurs. Son but prin-
cipal n'est pas de faire connaître les systèmes qu'il retrace,
mais plutôt d'en faire toucher au doigt le côté faible, et de
disposer le lecteur par ces éludes historiques à l'adoption
d'une doctrine nouvelle. A côté de la tendance objective qui
dominait naguère en Allemagne, et qui, soit par la dialecti-
que pure (Hegel), soit par la voie du mysticisme (Baader,
Schubert etc.), construisait l'univers d'après des hypothèses
préconçues, Fichte place la philosophie dite de la réflexion,
laquelle part des données de la conscience, reste sur le do-
maine purement subjectif, et est impuissante, selon l'auteur,
à vaincre complèle'ment le scepticisme (Kant, Jacobi, Fries).
Il oppose à ces deux tendances contraires une troisième teu—