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DE LA PBIÈRE. 523 et le sentiment du beau ; l'homme ne saurait dire lequel cause en lui l'émotion la plus délicieuse. Il en est un cependant qui les surpasse, c'est le sentiment du saint; qui n'est, sans doute, que la réunion des trois autres au milieu d'un cœur pur. Mais il se passe en l'homme quelque chose de tout par- ticulier lorsqu'il éprouve ce dernier fait de conscience. Quand l'homme a le sentiment du juste, il est satis- fait ; quand il a le sentiment du vrai, il s'estime ; quand il a le sentiment beau, il se réjouit, et lorsqu'il éprouvre le sen- timent du saint, il s'aime ; mais d'un amour qui ne se sait pas et n'est point péché. 11 s'aime parce que tout le moi a fui, qu'il ne se sent plus que l'infini... et ces deux mains sont sur sa poitrine comme s'il voulait s'embrasser et se presser lui-même contre son sein... Tout cela vient de ce qu*il y a Dieu en lui. Le Saint ne peut moins faire que d'aimer la perfection qui est en lui ! ou plutôt, il ne s'aime pas, mais il éprouve un délicieux sentiment d'être ce qu'il est, comme par un commencement du Ciel. Les trois sentiments du juste, du vrai et du beau ne se manifestent bien vivement en nous qu'à la faveur de l'humilité. Mais le sentiment du saint ne s'éprouve que lorsqu'à force d'humilité, de prière et d'a- mour, le Ciel s'éclaire en silence dans notre âme... Humilité, prière, amour, ne sont qu'une même chose. L'hu- milité, c'est l'état de l'âme qui prie, qui désire et qui aime. La prière, c'est l'acte de l'âme humiliée, désireuse et aimante. Le désir, c'est le cri de sa misère, de sa prière et de son amour: Ex quo miser, ex hoc et orans, dit Saint Augustin. Nous avons jugé du poids de l'orgueil et des effets terri- bles que, par l'égoïsme, il a produits sur la nature humaine : jugeons de la force de l'humilité et des effets puissants que, par la prière, elle produira dans la nature divine. Or, la