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712 LA REVUE LYONNAISE méthodique se changea en doute systématique, en doute radical ; le moyen devint le terme, la voie devint le but, et la foi « périt » en beaucoup d'âmes. * On proclame à cor et à cri la découverte d'une planète, l'inven- tion d'une machine, l'application d'un système, etc. ; mais les vérités qui diminuent, les mœurs qui s'en vont, la religion qui succombe, nul, nul n'y songe ! En théologie, l'intuition fait merveille. Quand les intelligences ordinaires gravissent, à force d'étude, les sentiers de la montagne sainte, les esprits d'élite atteignent d'un bond les sommets. Ils n'apprennent pas, ils comprennent. Les questions profondes, les thèses sublimes les provoquent et les enlèvent. Us ont l'instinct du divin. Tandis que l'on argumente dans l'ombre, de sublimes clartés les inondent. Qu'importent les mots et les formules ? Ils voient, ils possèdent, ils jouissent ! Une feuille de peuplier nous dérobe la vue du soleil : l'exiguïté d'un souci terrestre nous cache Dieu immense et rayonnant. * Dieu nous visite souvent, mais la plupart du temps nous ne sommes pas chez nous. Nous sommes pleins de préventions et d'antipathies à l'égard de Dieu : nous l'aimons peu, parce que nous le connaissons mal ; et nous le connaissons mal, parce nous l'aimons peu. Des philosophes appellent Dieu « le grand inconnu. » « Le grand méconnu » serait plus juste. Gicérou prétendait qu'il n'y a point de sottise qui n'ait été dite par les philosophes. Suarez effaça « philosophes » pour écrire