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384 LA REVUE LYONNAISE Ce n'est jamais par là que l'on en vient à bout. Il y faut une autre manière : Servez-vous de vos rets ; la puissance fait tout. Détestable conseil que Louis XIV a eu le tort de suivre en révoquant l'Édit de Nantes. La Fontaine, à son tour, non content d'être un mauvais conseil- ler, a eu le tort d'approuver ensuite cet acte de mauvaise poli- tique, en félicitant le roi, dans une épître au duc de Vendôme : D'avoir banni de la France, L'hérétique et très sotte engeance. Ce n'est pas là précisément le La Fontaine frondeur que l'on rêvait. Quant aux sujets, ils peuvent trouver dans les fables h s'ins- truire de leurs devoirs envers l'autorité légitime. S'ils la mécon- naissent, le fabuliste leur apprend, par l'exemple Les Membres révoltés contre l'estomac, que la grandeur royale n'est pas un organe inutile ; qu'elle contribue à l'intérêt commun ; qu'elle donne autant qu'elle reçoit. La Fontaine n'a jamais flatté le peuple qu'il appelle quelque part « l'animal aux tètes frivoles ». Enfin si les modernes politiques tiennent à recevoir de lui des conseils, ils peuvent apprendre par la fable intitulée : La Tête et la queue du serpent, ce qu'il advient des Etats où l'ordre est renversé, où les derniers veulent marcher en tête. Il ne reste donc rien de ces systèmes élaborés sur un mot pour faire croire à un La Fontaine précurseur de certaines idées aux- quelles il n'a jamais songé. Il ne fut ni un philosophe, ni un politique. Il suffisait pour sa gloire et pour l'honneur immortel des lettres françaises qu'il fût un poète; ses admirateurs disent le plus grand, l'Homère fran- çais! Par l'universalité de son génie, le caractère national de sa poésie, le nombre de ses chefs-d'œuvre, leur variété infinie, il se peut que le premier rang lui appartienne. La postérité qui en est juge a déjà éliminé bien des concurrents anciens et modernes. Beaucoup dont les noms vivent toujours, ont vieilli dans leurs œuvres et se présentent à nous comme des