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       LA MORALE DANS LES FABLES DE LA FONTAINE                   383
souvenirs du passé. Mais les fables de La Fontaine, depuis deux
siècles, n'ont rien perdu de leur fraîcheur. Les générations se
succèdent et, avec elles, les éditions de ce livre. Il n'y en a peut-
être pas qui ait été plus souvent lu et relu. L'humanité ne se lasse
pas d'y voir son image si fidèlement tracée et afin que ses enfants
apprennent de bonne heure à se connaître eux-mêmes, elle le leur
confie dès la première jeunesse.
    Chose étrange ! il ne parait pas que La Fontaine ait écrit ses
 fables pour les enfants. La Fontaine n'aimait pas les enfants ; c'est
lui qui nous l'apprend dans une lettre où il dit : « Mon humeur
n'est nullement de m'arrèter à ce petit peuple. » Il avait un fils,
mais il le négligea à ce point, qu'il ne le connaissait même plus et
on dut le lui nommer un jour qu'ils se rencontrèrent. Ce n'est pas
là du reste le plus triste chapitre des défaillances morales qui mar-
quèrent sa vie. Il dédia au duc du Maine, âgé de huit ans, la fable
des Dieux voulant instruire un fils de Jupiter ; mais ce serait la
dernière à mettre entre les mains d'un enfant.
    Bien que La Fontaine ne l'ait pas écrit avec cette destination,
le fait est que les enfants apprennent à lire dans le recueil de ses
fables.
   Est-ce un bien ? est-ce un mal? Il ne faut pas se hâter de con-
damner un fait consacré par une si longue expérience. Je ne sais
s'il y a beaucoup d'enfants dont le cœur fut gâté par une moralité
mal comprise d'une fable de La Fontaine. Mais, à coup sûr, le
nombre est grand de ceux dont l'esprit s'est ouvert à ses naïves
narrations. C'est surtout leur imagination qui est frappée. Quant
à leur jugement, il se prête peu aux déductions que suppose la
découverte d'une erreur morale cachée dans un récit.
   Au surplus, nous l'avons dit, il y a un choix à faire dans le
recueil.
   Mettez de préférence entre les mains des enfants les fables (et
elles sont nombreuses) dans lesquelles, bêtes et gens sont punis
de leur sottise et de leurs vices sans que la leçon profite à la ruse
d'un fourbe ; celles où la vertu est conseillée pour elle-même et
non pas pour ce qu'elle rapporte; celles surtout qui sont autant de
chefs-d'Å“uvre et qui s'appellent : le Berger et le Roi, le Vieillard
et les trois jeunes hommes, le Savetier et le Financier, le Chêne et