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276                   LA REVUE LYONNAISE
série qui procède de la fantaisie et le naturalisme qui procède de la
science. En examinant les livres orduriers, il les partage en deux
classes : le livre infâme qui cireule et se vend en cachette, et le
livre plus discret, fabriqué pour les librairies. Le dernier est,
d'après lui, le plus dangereux, il séduit tandis que l'autre dégoûte.
Ici nous trouvons sa distinction fort sage et nous sommes de son
avis.
   « Voyons maintenant, dit-il plus loin, si, comme on lç déclare
chaque matin dans la presse, nos Å“uvres naturalistes de l'heure
présente se rattachent à cette littérature de la polissonnerie et de
l'ordure. Ce sera juger de leur moralité. D'abord nous ne sommes
pas grivois, dans le sens aimable et léger du mot. On nous accuse
avec raison de manquer de gaieté et d'esprit, car nos études restent
 noires, austères, trop approfondies, pour garder cette fleur de
 surface qui est le grand charme du conte tel que l'entendaient nos
pères. Eux, s'arrêtaient, dans un adultère, à la ruse de la femme,
à la grimace comique du mari; et si le drame intervenait, chose
rare, il était expéditif, un simple fait qui dénouait Nous, dans le
même adultère, nous poussons tout de suite au tragique, en menant
l'aventure non par le côté plaisant, mais par le côté humain. Puis
nous ne nous en tenons pas au geste, au rire, à l'épiderme ; nous
fouillons les personnages, nous arrivons de suite aux misères de
l'homme et de la femme. Dès lors l'esprit n'est plus qu'un grelot
qui sonnerait une gaieté fausse et misérable ; le sujet devient grave,
le vaudeville tourne au drame, nous sommes des anatomistes qui
ne pensons guère à la gaudriole. En un mot, notre roman natura-
liste, quelles que soient ses audaces, ne saurait être polisson ; il
est cru et terrible, si l'on veut, mais il n'a ni le rire ni la fantaisie
galante de la grivoiserie, qui n'est jamais qu'un peu d'esprit plus
ou moins gai et délicat sur un sujet scabreux.
   « Il faut donc écarter Boccace, Brantôme, La Fontaine et les
autres. Nous ne procédons pas d'eux. C'est une toute autre formule
littéraire, qui n'a aucune ressemblance avec la nôtre. Et, à ce
propos», j'insiste sur le peu de plaisir que nos livres apportent aux
débauchés. On lit Brantôme avec un sourire. Cette suite d'anec-
dotes, où sans cesse la joie du sexe revient, sans une souffrance,
est faite pour la consolation du vice. L'amour y est facile et puis-