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270                  LA REVUE LYONNAISE

 que le dos de Lisa avec sa tête enfoncée dans l'oreiller; mais il
 sentait bien qu'elle ne dormait pas, qu'elle devait avoir les yeux
 tout grands ouverts sur le mur. Ce dos énorme, très gras aux
 épaules, était blême d'une colère, contenue; il se renflait, gardait
l'immobilité et le poids d'une accusation sans réplique. Quenu, tout
 à fait décontenancé par l'extrême sévérité de ce dos qui semblait
l'examiner avec la face épaisse d'un juge, se coula sous les couver-
 tures, souffla la bougie, se tint sage. »
   Grand Dieu ! Ce dos blême de colère qui se renfle en gardant
l'immobilité et le poids d'une accusation sans réplique, et qui semble
 examiner avec la face épaisse d'un juge, quel tableau! On croirait
voir le classique char de l'État qui navigue sur un volcan.
   Nous voici arrivés au grand défaut de style de M. Zola : l'intem -
pérance. On dirait qu'il ne sait pas résister à l'envie d'entasser
ornements sur ornements, figures sur figures.
   Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. Les descriptions
s'allongent pendant des pages et des pages, toujours chatoyantes,
toujours étincelantes, et souvent... ennuyeuses. M. Zola nous dit
bien quelque part que les romanciers naturalistes ne décrivent pas
pour le plaisir de décrire, mais pour mieux montrer leurs person-
nages dans le milieu qui a une si grande influence sur leurs actions.
Soit, mais il nous est bien permis de croire que lors même qu'on
nous ferait grâce de quelques fleurs, de quelques fromages ou de
quelques mètres d'étoffe, les personnages n'agiraient pas différem-
ment. 11 vaudrait mieux avouer franchement qu'il y a là tout sim-
plement un peu de cette sauce lyrique, funeste héritage du roman-
tisme, et destiné à accommoder la vérité au goût du jour.
   Hâtons-nous, après avoir fait ressortir les défauts, de constater
les qualités. Quand notre auteur consent à tenir en bride son ima-
gination, et à laisser de côté toutes ses figures de rhétorique, quand
il veut être simple en un mot, il est bon. Il écrit alors en un style
clair, un peu lourd parfois, mais qui ne manque pas d'un cachet
d'originalité. Ces qualités sont remarquables surtout dans ses ar-
ticles de critique dont plusieurs, frappés du reste au coin du bon
sens, sont des morceaux remarquables.
   Nous venons de voir le novateur, sacrifiant aux idoles du passé
et au goût du jour, continuer le romantisme par ses procédés et son