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BALAZUC ET FONS DE BALAZUC 11
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Décidément ! ce temps valait mieux que le nôtre ! Se figure-t-
on la fugue d'un amoureux do nos jours, à qui la « dame de ses
pensées » réclamerait un pareil gage de son affection ?
Au treizième siècle, un des descendants du troubadour a dans
sa seigneurie un « champion du juge » (armiger judicis) '. On
sait que ces officiers de la maison des grands seigneurs avaient
pour mission de soutenir parles armes les sentences du juge. Ba-
lazuc est peut-être la seule seigneurie du royaume où existe encore
cette coutume féodale ; les Établissements de Saint-Louis ayant
substitué l'appel au combat.
Dans les premières années du siècle suivant s'éteint en la per-
sonne de Géraud qui n'eût qu'une fille — laquelle épousa Pierre
de Borne — la branche aînée de la maison de Balazuc, descen-
dant en ligne directe de Pons le croisé. Albert II, chef de la
branche cadette, continue la lignée, et épouse, en 1345, Pelette
de Montréal, héritière de la seigneurie de ce nom et des biens
d'Uzer, de Groze et de Montbrison. Il ajoute a son nom celui de
Montréal que ses descendants illustreront.
Vivedieu ! le pennon de Balazuc flotte sur la grande tour du
manoir ; le seigneur est en guerre et défend le beau royaume des
fleurs de lys 'contre la reine Isabeau et les soldats du Bourguignon
félon (1418). Entre temps, il pend aux créneaux du vieux donjon
les malandrins, les routiers, les tuchins qui désolent la contrée.
Le calme est revenu (1420-1520); calme précurseur de troubles
longs et sanglants, et Guillaume F' de Balazuc, seigneur de Mon-
tréal, vient à la Cour où le roi le fait gentilhomme ordinaire de
la chambre — une charge que n'a pas dédaignée Voltaire.
Jean Ier son fils, doit à sa valeur personnelle et à sa haute situa
tion le gouvernement du Vivarais. Des lettres de Henri III rendent
hommage à sa fidélité et à ses services. Guillaume II lui succède.
Nous sommes en pleine guerre religieuse, A ce moment les
Balazuc sont les chefs civils et militaires du "Vivarais. Ils luttent,
à la tête du parti catholique et royal contre une grande famille
vivaroise — les Brison — qui a mis au service de la religion
nouvelle son argent et ses soldats. Les deux chefs se rencontrent
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Notes et observations chronologiques pour servir à l'histoire du Vivaraiss
jiar P.-J.-H. Challamel, manuscrit.