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180                   LA REVUE LYONNAISE

   Les Balazuc portaient « d'argent à trois pals de sable au chef
de gueules, chargé de trois étoiles d'or ».
   Les généalogies les plus connues1 les font remonter au onzième
siècle et donnent pour chef ou fondateur de la maison, Gérard
de Balazuc (de Baladuno), père de Pons et vivant en 1077.
   Pons laissa pour héritier de son nom et chef de sa maison, Jordan
son fils.
   A partir de ce moment, et pendant cinq siècles, la noble famille
vit dans sa châtellenie de Balazuc de la grande vie féodale du
temps, ayant pages, écuyers et damoiseaux.
   Au douzième siècle, un de ses membres, Guillaume, s'éprend
de poésie et devient avec Pierre de Barjac, son ami, un des trou-
badours célèbres de la langue d'Oc.
   Tout n'était pas rose dans le beau métier, et les galants poètes
payaient cher quelquefois les faveurs de leur belle. Témoin,
l'histoire du cœur mangé, que tout le monde sait. Guillaume ne
subit pas le sort de l'amoureux de la dame de Coucy, et ne figura
sous aucun apprêt, dans aucun festin, mais il n'en paya pas moins
l'amour de sa dame d'un prix que l'on trouverait peut-être un
peu élevé aujourd'hui.
   Guillaume aimait d'amour la dame de Jovyac et chantait à tous
les vents du ciel sa vertu et sa beauté. Etait-il payé de retour ?...
Il ne le croyait guère, et pour obtenir une preuve ardemment
désirée, il simula une rupture et un éloignement. Quel est l'amou-
reux qui n'a pas cru à ce naïf expédient?... Quelle est la femme
auprès de qui il a réussi?... Il ne réussit pas davantage chez la
dame de Jovyac, qui, sûre du résultat, laissa faire et attendit.
Messire Guillaume ne tarda pas à venir implorer grâce et merci.
Aussi grandes que fussent les autres qualités de la dame, on ne
saurait* en cette circonstance, lui reprocher trop de mansuétude à
l'égard de son amoureux. Une canzone et l'ongle arraché du petit
doigt : telles furent ses conditions. Joyeux, dit la chronique, Guil-
laume porta lui-même le sanglant hommage de son repentir, et la
chanson qui le célébrait.

  * Fonds du Languedoc, t. C. III, p. 83; Le Père Anselme, t, VIII, p. 143,
Louis de la Moque. AnBorial de la généralisé de Montpellier.