page suivante »
17JS LA R E V U E L Y O N N A I S E
au siège d'Archos, Raymond d'Agiles eût seul la tâche de conti-
nuer et de finir l'ouvrage ». Tous les historiens ne sont pas aussi
absolus et les bénédictins de Saint-Maur * et Guizot rejettent cette
collaboration, ou ne l'acceptent que dans certaines limites bien
étroites. Ce fait d'un chevalier du onzième siècle, écrivant une his-
toire, devait en eâet attirer l'attention et provoquer la discussion.
Les Bénédictins tout en reconnaissant que Pons a fait naître chez
Raymond le dessein d'écrire le livre, qu'il l'a engagé à y prêter
sa plume, et « qu'il lui a appris une partie des événements que
celui-ci raconte » ajoutent : « Il n'y a cependant qu'à lire avec quel-
que attention l'ouvrage en lui-même pour se convaincre que c'est
Raymond d'Agiles qui l'a composé. » Dans les quelques lignes dont
il fait précéder sa traduction du manuscrit de Raymond d'Agiles,
Guizot2 copiant presque les Bénédictins dit également : « Il suffit
de le lire (le manuscrit) pour reconnaître que Raymond d'Agiles
en est le véritable auteur. » Mais il ajoute, toujours suivant les
Bénédictins : « Il (Raymond) écrivait probablement à chaque
station, ce qu'il avait observé ou ce que lui avait rapporté Pons
mêlé de plus près aux événements. »
Même en se tenant aux conclusions des Bénédictins et de Gui-
zot, on voit qu'il existe entre Raymond et Pons une collaboration.
Il s'agit simplement de s'entendre sur la nature de cette collabo-
ration. Il est aisé, ce nous semble, de concevoir de quelle façon les
choses se sont passées. Pons et Raymond attirés par une mutuelle
sympathie, se sont promis d'écrire l'histoire des événements aux-
quels ils vont assister. Raymond comprend qu'il ne pourra, —
n'y étant pas mêlé, —connaître et décrire tous les faitsmilitaires
de l'expédition. Pons, vaillant soldat, homme important dans l'ar-
mée, assistant aux Conseils, les lui dira, et ce sont ses récits qu'il
écrira. Il ne sera pas cependant un simple scribe : il a conçu le
livre, son plan, sa part de collaboration est de beaucoup la plus
grande, la plus importante : à Pons, les récits guerriers, les des-
1
Histoire littéraire de la France, déjà citée.
8
Mémoires pour servir à l'Histoire de France jusqu'au dix-neuvième siècle.
Guizot. Paris, Brière, 1824, t. XXI, notice p. 223, texte, p. i'27.
C'est la seule traduction du manuscrit qui existe.