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                    BALAZUG ET PONS DE BALAZUC                      173
directe de Dieu. Plus le fait est prodigieux, plus il est probant
dans sa pensée et plus il se complaît à le décrire. Ici, ce sont
douze soldats qui « font face à cent cinquante Turcs » et les tuent
ou les font prisonniers. Ailleurs, c'est quatre cents croisés, qui font
fuir soixante mille païens, et cette mirifique aventure amène les
réflexions suivantes : a J'oserais, si l'on neme taxait pas d'arrogance,
préférer cette guerre à la guerre des Macchabée *. Car si Mac-
chabée avec trois mille hommes tailla en pièces quarante huit
mille ennemis, ici quatre cents soldats firent fuir plus de soixante
mille ennemis. Pour nous, nous ne méprisons pas Macchabée, et
nous n'exaltons pas la vaillance des nôtres, mais nous annonçons
Dieu qui s'étant montré admirable dans Macchabée, s'est montré
plus admirable chez nous »
   Annoncer Dieu ! voilà en effet le grand souci du chroniqueur.
Persuader aux soldats que Dieu veille sur eux, qu'il les fera triom-
pher s'il lui sont fidèles, montrer son intervention directe, tel est
son but. Et il serait puéril de le nier, le moyen était en rapport
avec les hommes et le temps ; ces apparitions, ces prodiges étaient
presque toujours suivis d'un relèvement moral, d'une victoire.
   Mais il importe moins ici, de résoudre un problème de métaphy-
sique que de préciser ce que furent la croyance d'un historien et
l'état moral d'une époque ; nous nous bornerons à répéter — notre
conviction étant le résultat d'une étude attentive de son œuvre, —
que Raymond est dans tout ce qu'il dit d'une sincérité indiscu-
table, et avec lui, les chefs de l'armée. Et nous ajouterons que
même au point de vue purement humain, il est parfaitement admis-
sible que l'état moral des Croisés soit suffisant pour expliquer ces
apparitions, ces miracles, ces prodiges dont nous entretient si
complaisamment le chroniqueur.
   La même situation étant donnée, cet état moral apparaît, à tra-
vers les siècles avec les mêmes caractères. On dirait une phase
obligée de la vie de l'humanité. C'est à la période religieuse qu'elle
se manifeste. Entre les Grecs de l'Iliade, religieux et croyants, et
les soldats de l'armée croisée, ne remarque-t-on pas certaines
ressemblances ? Bien loin de notre pensée, toute comparaison ir-

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     Macchabée, le prêtre-soldat, son idéal!.,.