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174                     LA R E V U E LYONNAISE

respectueuse et qui pour nous ne saurait d'ailleurs exister, mais
ce que les Grecs faisaient de leurs dieux, c'est-à-dire leurs com-
pagnons de combat, leurs guides dans les conseils, les Croisés ne le
font-ils pas des saints et des bienheureux qui sont auprès de Dieu ?
   C'est que la foi, quelle que soit la divinité qu'elle adore, est
toujours la même et se manifeste de la même façon chez tous les
peuples et en tous les temps.
   Qu'on écoute le récit suivant : un Syrien chrétien rapporte une
apparition :
   « J'étais, dit-il, devant la porte de l'église de la bienheureuse
Marie mère de Dieu, et un clerc habillé de blanc vint à moi, et
comme je lui demandai qui il était et d'où il venait, il me répondit :
Je suis Marc, l'évangéliste, et je viens d'Alexandrie, et je me suis
détourné près de l'église de la bienheureuse Marie toujours vierge.
Et comme je lui demandai où il allait, il dit : N.-S. Jésus-Christ
est auprès d'Antioche, et il a ordonné à tous ses apôtres de venir
là, parce que les Francs doivent combattre avec les Turcs, et
nous les secourrons »
   Quelle simplicité ne trahit pas ce récit !... Ne semble-t-il pas
entendre le rapport d'un aide de camp. « Le général en chef est
campé là, avec son état-major, ses capitaines... l'action devra
commencer ici..., etc. » Mais aussi quelle foi puissante que celle
qui voit tout « le paradis » descendre sur la terre... Jésus-Christ
ici..., les apôtres là..., saint Marc faisant l'office de courrier...
et ne s'en étonne pas !
   Parfois, le conteur rencontre le pittoresque et la couleur, on
dirait presque d'une page des Mille et une Nuits. « Le général
des Turcs, Corbara, jouait devant sa tente au schachis (?) ; il
appelle Miradolin : « Qu'est cela, tu m'avais dit que les Francs
étaient peu nombreux?... Nous avancions nombreux comme les clercs
 à la procession... *. Et de l'affaire, le pauvre Corbara, quittant
 précipitamment sa partie de schachis, perdit la bataille et la vie.
 Parfois, un éclair d'émotion : il manifeste une tendre pitié pour
 ces « beaux » enfants Maronites que les Turcs ravissent à leurs

  i Raymond n'est pas un homme d'imagination, le livre entier le prouve ; la nature
de cette comparaison le confirme.