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                               BIBLIOGRAPHIE                                      117
bien-aimée dont il ne peut vivre séparé. Mais, cette fois, il néglige les monuments
artistiques qui foat sa gloire, et dont l'étude et la vue avaient impressionné si
vivement son esprit et son cœur. Il y rentre en moraliste, en philosophe, en mé-
decin qui étudie, à la fois, les maux physiques et les maux moraux dont l'Italie
souffre, comme en souffrent toutes les nations. Peu après, paraissent ses Lettres
médicales écrites d'Italie, en septembre et octobre 1883. Par ces lettres qu'on
ne lit pas, sans charme, malgré le sérieux des questions qu'il y traite, M. Bournet
nous apprend que, depuis 1871 seulement, l'Italie s'est plu à dresser aussi sa
statistique criminelle et qu'il a eu de longs entretiens avec divers savants qui en
ont fait l'objet spécial de leurs méditations. Ces méditations ravirent M. Bournet
et, à son tour, laissant de côtéle Perrugin, Raphaël, Michel Ange, Rome, Venise,
Naples, Florence et tous leurs trésors, il s'est mis à comparer la criminalité
d'Italie qu'il a étudiée sur place, avec celle de la France, si bien décrite dans
d'excellents ouvrages. Toutefois, M. Bournet avoue que son travail peut présenter
quelques lacunes. « Malheureusement, dit-il, la statistique judiciaire n'existe pas
au même degré de perfection en Italie qu'en France. Vouloir mettre en parallèle
les statistiques judiciaires de ces deux pays, serait se forger une chimère. » Bien
différentes sont aussi les mœurs des deux nations. « Il y a tel crime, nous
apprend M. Bournet, qui, dans certaines parties de l'Italie est pour ainsi dire
entré dans les mœurs, le malandrinaggio, la maffia, en Sicile, la camorra dans
l'Italie méridionale, les coltellate (coups de couteau) un peu partout. » Dans les
deux pays les parquets ne correctionnalisent pas dans les mêmes proportions,
c'est-à-dire n'enlèvent pas au jury le même nombre d'infractions qualifiées crimes
par le code pénal. Je ne suivrai point, pas à pas, et non sans regrets, M. Bournet
dans cette difficile et intéressante étude, hérissée de chiffres, bien fastidieux par-
fois pour le lecteur, mais ses conclusions seront d'un sérieux intérêt pour toute
personne qui aime à connaître l'état moral du pays où il vit, de même qu'elle
s'informe avec curiosité, de son état sanitaire.
   En France, la criminalité générale a plus que triplé depuis 1825, — mais il
y a lieu de tenir compte de la législation qui a créé des peines pour des faits,
naguère laissés impunis. Le nombre des crimes contre les personnes a peu varié,
mais augmenté plutôt que diminué. Les crimes contre les propriétés ont été
moins nombreux.
   En Italie le meurtre est six fois plus fréquent qu'en France. L'assassinat,
à l'inverse du meurtre, tend à devenir plus fréquent en France, surtout depuis
1880 ; en Italie il diminue, mais reste encore deux fois plus nombreux qu'en
France. En Italie le nombre des parricides est en moyenne le double de celui
de la France. L'empoisonnement accuse une notable diminution en France et
en Italie. Les viols et les attentats à la pudeur sont infiniment moins fréquents
en Italie qu'en France, où les crimes sur les enfants augmentent dans des pro-
portions effrayantes. L'infanticide est deux fois plus nombreux en France qu'en
Italie. En France, le suicide suit une marche constamment ascendante, même
dans notre armée. Toutefois, la criminalité n'est pas la même dans chacune de
nos provinces, dans les villes comme dans les campagnes, dans les lieux où
l'instruction a le plus progressé que dans d'autres. Quoi qu'il en soit, les tableaux
présentés par M. Bournet sont loin d'être rassurants. Quel sera notre état moral
avant dix ans, quand chaque jour, l'État, lui-même, sape les bases fondamentales
de la société ? La religion, jusqu'à naguère, était souvent un frein qui arrêtait