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108 LA REVUE LYONNAISE
ment commencée déjà par M. Pariset. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce nouveau
livre a été imprimé avec le soin et le luxe habituels de la maison Quantin. Tous
les amis des arts le rechercheront et il sera pour eux un guide commode et sûr.
En l'écrivant, M. Bonnaffé a rendu à la science qui lui doit déjà tant un véritable
service et a élevé un véritable monument, X. X,
GRAMMAIRE HISTORIQUE DE LA LANGUE FRANÇAISE (notions élémen-
taires) à l'usage des établissements d'instruction secondaire et des aspirants
au brevet supérieur de l'enseignement primaire, par MARIUS MICHEL, agrégé
de l'Université, professeur au lycée de Lyon. Paris, Belin, éditeur, 125 p.
L'histoire de la langue française qui devrait être l'œuvre par excellence des
Français est due, il faut bien l'avouer, en bonne partie aux savants allemands.
La Grammaire générale des langues romanes de Dietz, qui est la base de
tous les travaux contemporains sur les origines et les premiers développements
de notre langue, a vu le jour de l'autre côté du Rhin. Nos compatriotes de la
fin du dernier siècle et du commencement de celui-ci, Lacurne de Sainte Palaye
et Raynouard, qui les premiers avaient ouvert la voie, n'ont pas laissé d'école ;
et c'est depuis une quinzaine d'années seulement que, sous la double impulsion de
l'Ecole des chartes et do l'enseignement des Universités allemandes, l'étude his-
torique du français a retrouvé chez nous-mêmes grâce à MM. Littré, Léon
Gautier, Brachet, Gaston Paris, Darmesteter, Glédat, etc., la faveur qui n'aurait
jamais dû lui faire défaut et conquis du même coup la popularité qu'elle mérite Ã
tant d'égards.
La meilleure preuve de la vitalité de cette renaissance s'accuse par la publi-
cation d'ouvrages comme celui dont le titre figure en tête de ces lignes. Il atteste
doublement, en effet, la force et la sincérité du mouvement scientifique dont
l'étude historique de la langue française est devenue l'objet. Pour qu'un profes-
seur de l'enseignement secondaire soit en état d'écrire un pareil ouvrage, et pour
que les aspirants au brevet supérieur de l'enseignement primaire auxquels il
est destiné puissent en tirer profit, il faut que depuis quinze ans à peine les
choses en pareille matière aient changé pour ainsi dire du tout au tout. Je pose
en fait, sans crainte d'être démenti, qu'avant le funeste conflit franco-allemand
de 1870 non seulement le livre que nous annonçons n'eût point eu de public parmi
la catégorie particulière d'étudiants auxquels il s'adresse, mais eût difficilement
rencontré son auteur dans le corps si instruit pourtant des professeurs agrégés
de nos lycées.
Désormais donc, et contrairement à ce qui se passait il y a quelques années,
l'étude historique du français est entrée de plain pied dans les programmes de
l'agrégation de grammaire et dans ceux auxquels doivent répondre les futurs
maîtres de l'enseignement primaire ; c'est le gage certain de la pénétration de
plus en plus rapide et intime de cette étude indispensable (naguère inconnue ou
à peu près) dans toutes les classes de la société française dont elle ne peut
qu'aiguiser l'intelligence, corriger le langage, éclairer l'esprit en le dotant d'un
sentiment réfléchi de la valeur des mots, en même temps qu'elle fortifiera son
patriotisme en lui prêtant l'appui des vieilles traditions nationales, solidaires de la
littérature et de la langue contemporaines.