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devant ces vandales; tous les ornements furent dêgalonnès, et les
galons convertis en lingots; les pierres précieuses et les perles ânes
furent seules mises en réserve et très probablement volées. L'art fit
des pertes immenses et irréparables dans ces jours à jamais néfastes,
et qui seront une éternelle honte pour les tristes temps qui virent
accomplir tous ces actes sauvages. On peut en juger par les in-
ventaires qui nous en restent, et que leur longueur ne me permet
pas de reproduire ici; du reste, ils sont d'un laconisme désolant,
ainsi en ce qui concerne les livres entassés dans le réfectoire de
Saint-Pierre, on se borne à cette simple mention : « cent deux vo-
lumes, soit missels, livres de chant et autres ». Quels étaient ces
autres livres?
   La cathédrale, on le sait, ne fut cependant pas mise en vente*;
on la réserva pour devenir le Temple de la Raison, mais on n'en
avait laissé que les murailles nues, dépouillées de tous leurs or-
nements. Le splendide jubé qui avait remplacé celui que les protes-
tants avaient brisé en 1562, fut aussi enlevé et mis en dépôt dans
l'église Saint-Etienne, mais que devinrent ces marbres quand on
démolit cette église ?
   Je ne dirai pas les saturnales qui se commirent dans le Temple
de la Raison, pour la célébration de certaines fêtes dites civiques,
et l'état de délabrement dans lequel se trouva ce beau monument,
le jour où le vrai Dieu, chassé par la Révolution, put y rentrer
triomphant, et son vicaire, le vénéré pape Pie VII, y célébrer les
saints mystères. Je l'ai déjà raconté dans une étude spéciale sur


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     Les églises Sainte-Croix et Saint-Etienne attenantes à la cathédrale furent vendues
en deux lots, le 5 avril 1792, au prix de 22,600 livres, en exécution d'une délibération
du Directoire du district du 6 mars 1792. Dans le cahier des chargés, on stipula que
pour isoler l'église métropolitaine, on ouvrira deux rues sur l'emplacement de ces
églises, —• que les matériaux du Jubé de Saint-Jean seront déposés dans l'église
Saint-Etienne, ainsi que tous les objets de décoration de ces trois églises, avec
la barrière en fer fermant l'entrée extérieure de la ci-devant église Saint-Êtienne et
que tous ces objets seront réservés. » Mais vaines réserves! tous les beaux marbres
du Jubé ont disparu; c'était à qui volerait dans ce triste temps.
   La grande Manécanterie fut vendue le 17 messidor, an II, au prix de 203,400 livres,
et l'archevêché trouva aussi des acquéreurs le 17 thermidor an IV, au prix de 80,100
livres. L'État dut le racheter à un prix bien supérieur, lors du rétablissement du culte.
En 1791 le 20 avril, le produit de la vente des biens nationaux à Lyon avait été déjà
de 9,615,075 livres.