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LES TRESORS DES EGLISES DE LYON 73 des hommes nés pour être libres, y avait été déposé. Notre Direc- toire, après en avoir conféré avec les députés de la Convention, a remis le tout au citoyen Berthier, pour en fondre des canons. Puissent ainsi tous les monuments du despotisme et de l'es- clavage devenir, sous une autre forme, l'effroi des tyrans, et les soutiens de la Liberté! » Outre ce monument du des- potisme, on en brisa encore d'autres en bronze, mais sans indi- cation de provenance ; ainsi on trouva sur un état du Dépôt de l'Hôtel de Ville : « cuivre armoiriè doré, pesant 334 livres. Une grenouille de cuivre, pesant 698 livres (était-ce par hasard aussi un monument du despotisme?); six cloches avec leur bois, et sept petites sans leur bois, 825 livres; plus trente-trois cloches avec leur bois, et vingt-six sans bois, 6099 livres ; sans parler d'autres quantités énormes de bronze et de cuivre blanc, qu'on voit figurer sur les inventaires du dépôt claustral de Saint-Pierre '. Je ne parlerai pas des ornements sacerdotaux, des mitres, des chasubles, des dalmatiques, des tuniques, et de tout le linge qu'on enleva aussi aux églises ; c'est par centaines qu'on les comptait dans les divers dépôts; les tapis et les tapisseries, ainsi que les antipho- naires étaient également en nombre très considérable, et il s'y trouvait des objets du plus grand prix, soit par leur antiquité, soit par la perfection de leur travail. Néanmoins, rien ne trouva grâce dépôt de Saint-Pierre était du poids de 4808 livres, d'après un inventaire du 27 novembre 1790 (Arch. Dep. fonds de la Révolution). A cette époque le Directoire du district s'empara aussi dans un magasin de la ville des marbres de Carrare destinés à compléter le beau monument que le cardinal de Bouillon, l'abbé de Cluny, élevait à la mémoire de son illustre famille, et dont les statues et les bas-reliefs seuls étaient arrivés à Cluny et qui ornent aujourd'hui la chapelle de l'Hôtel-Dieu de cette ville. Le Directoire déclara cependant « qu'il était encore incertain si ces marbres appartenaient à l'État ou à des particuliers. » Ce monument était demeuré inachevé par suite de la disgrâce du cardinal. Louis XIV envoya à Cluny, le sénéchal de Lyon, M. de Sève pour saisir les caisses qui renfermaient les statues (Voir l'Essai hist. sur l'abbaye de Cluny, par M. Lorain. Dijon 1839). ' Aujourd'hui 8 août 1883 s'accomplit à Lyon, un acte de vandalisme tout aussi stupide. Sur la motion réitérée du conseiller général Debolo, qui n'entend pas qu'on conserve des emblèmes impériales, on brise les aigles sculptés en bas-relief qui ornent les piles du pont Tilsitt. Cet acte idiot coûtera 15,000 francs à la ville... Ce pont en a remplacé un plus ancien, en bois, et en 1791 on dut démolir la galerie qui existait en tète du pont et dans laquelle l'archevêque Camille de Villeroy avait installé sa belle bibliothèque qu'il légua en 1693 aux jésuites de Lyon.