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72                        LA R E V U E LYONNAISE

   Le Directoire du district ne manqua pas non plus de mettre la
main sur ce qui restait de tableaux dans les églises, après leur
premier pillage, et nous avons encore, à ce sujet, quelques docu-
ments que j'ai rencontrés dans un rapport du citoyen Morenas,
procureur syndic du Conseil général du Rhône, en date du 23 jan-
vier 1793. D'après cerapport, les tableaux avaient été transportés
dans des salles du claustral Saint-Pierre, et leur examen confié au
peintre Hennequin qui en a dressé une liste; mais cette liste est
malheureusement trop laconique, et n'indique que rarement les
sujets et les auteurs de ces peintures, dont plusieurs étaient du
plus grand prix et de la main de Lucio Vassari, élève de Louis
Carrache, de Perrier jeune, de Jacques Blanchard, de François
Porbus, de Jacques Stella, etc.
   Il va sans dire que les statues en marbre et en bronze qui ornaient
les églises furent aussi brutalement détruites, et le citoyen Morenas,
que j'ai cité plus haut, s'en fit même un titre de gloire. Voici ce
qu'il mandait, entre autres, au Conseil général :
   « La loi, dit-il, qui prescrit la destruction de tout ce qui pouvait
 encore retracer la royauté, la féodalité, les distinctions,a été ponc-
tuellement exécutée*-. Plusieurs monuments en cuivre et en plomb
ont été anéantis, et les débris transportés dans les trois Dépôts
destinés à les recevoir. Un bloc en cuivre représentant une figure
de Villeroy* avec des attributs que n'auraient jamais dû lui donner


   1
     Cette destruction fut si ponctuellement exécutée que le républicain Chinard put
écrire le 17 messidor an VII aux administrateurs du district qui l'avaient chargé de
la conservation des objets d'art de nos églises. « Nous n'avons pu que gémir de
dégoût sur la perte d'objets si précieux. Je ne vous cacherai pas que le vandalisme
a si fortement porté sa main dévastatrice sur tout ce qui tenait aux arts, que les
voyant anéantir pour toujours, je renonçai au titre de conservateur. Si je vous disais
tout ce que mon cœur a souffert, tout ce que notre malheureuse commune aperdu,
vous frémiriez de colère et pleureriez de douleur. »
   2
     Cette statue était celle de Charles de Neufville, seigneur d'Halincourt, marquis
de Villeroy, et l'œuvre de Jacob Richer. Elle était placée dans le fond de la chapelle
des Carmélites, bàtie par Jacqueline de Harlay, femme du marquis de Villeroy ; ce
dernier était représenté à genoux sur un tombeau en forme carrée, un petit corps
d'architecture en bronze était placé derrière la tombe contre le mur. Dans cette même
chapelle se trouvaient aussi les tombes et lesstatues en albâtre et en marbre de Jacque-
line de Harlay et du maréchal de Villeroy, œuvres de Jacob Richer et de Bidaut.
L'une et l'autre furent brisées.
   Le bloc en cuivre provenant de la statue du marquis de Villeroy transporté au