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      Messieurs, vous ne m'en voudrez pas, dites, si je renonce à vous dire
que Perrin fut « l'un des meilleurs élèves de sa classe », qu'il « y remporta
toujours les premiers prix » ; laissons là ces sottes formules biographiques
qui sont un peu comme les éloges funèbres et auxquelles tant de gens, pour-
tant, tiennent avec une singulière opiniâtreté ; il nous suffit que Perrin fût le
meilleur des imprimeurs, et cela n'est pas une formule dutout.
      Il était venu au monde sur les bords brumeux du Rhône, dans cette
ville bourgeoise et distante qu'il devait ne jamais quitter.
      Son frère Théodore se fit médecin, ce qui ne nous intéresse qu'à demi ;
sa sœur Adélaïde, c'est cette admirable femme qui conçut l'idée très sainte
de secourir les jeunes filles incurables. L'institution que, sou par sou, elle
fonda existe toujours à Lyon, à l'ombre de la vieille église d'Ainay, dans
une petite rue qui porte son nom : là sont recueillies les déshéritées, les
malades que Dieu semble avoir oubliées dans la souffrance.
      Est-ce utile d'indiquer ici que Perrin se maria, qu'il devint veuf pres-
qu'aussitôt, qu'il fit un second mariage et eut des enfants ? Que nous im-
porte encore qu'il fût juge au Tribunal de Commerce, sinon pour cons-
tater qu'il dut s'y trouver bien mal à l'aise.
      En 1865, après quelques mois de très grandes souffrances, romaine-
ment supportées, Perrin s'en alla.
      Après la mort du maître, sa veuve, aidée par son fils, continua pendant
quelque temps encore l'exploitation des ateliers délaissés de la rue d'Am-
boise. Puis, l'imprimerie devint la propriété d'une société formée entre
Louis-Alfred Perrin et Gustave Marinet. Il ne suffit pas, pour qu'une asso-
ciation fonctionne et prospère, que les associés soient de bons dessinateurs
et de bons typos ; l'association Perrin et Marinet ne dura que fort peu de
temps ; en 1880 elle fut dissoute, et dispersée la belle bibliothèque qu'avait
formée Louis Perrin, avec ses impressions, avec tous les livres que sans
cesse il recevait d'admirateurs enthousiastes.
      Après quelques années encore, pendant lesquelles il ne semble pas que
l'imprimerie ait manifesté matériellement une très grande activité, en 1883,
définitivement la maison Perrin fut liquidée ; le matériel, les poinçons et
les matrices des magnifiques augustaux furent acquis par la maison Lemer-
re, de Paris : 10.000 francs, m'a-t-on dit, est-ce vrai ?