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     Les treize dîneurs du premier banquet baptisèrent inter pocula, la société
nouvelle. Ils l'appelèrent mystérieusement « la Chose » et rédigèrent, en neuf articles,
des statuts que Boitel nous a conservés.
     « Le but de « la Chose » est de rapprocher, dans un dîner, de bons vivants
qui se conviennent et qui se trouvent séparés, dans la ville, par une infinité de
moellons de diverses natures ». — La société n'aura pour tout dignitaire qu'un
secrétaire « improvisé » et pouvant être maintenu. « La Chose » aura lieu tous
les mois, à la volonté du secrétaire ». Le prix du repas ne devra pas dépasser trois
francs, le vin compris, chaque convive restant libre d'apporter des « extras ». Le
nombre des membres de « la Chose » est irrévocablement fixé à trente, pour qu'elle
ne soit pas confondue avec les académies où l'on panse beaucoup, mais où on
digère mal ». « L'unanimité est de rigueur pour l'admission de chaque postulant.
Elle n'aura lieu qu'au scrutin secret. On y procédera, selon la saison, soit avec des
graines de raisin, soit avec des amandes, soit avec des cornichons. Dans ce dernier
cas, il faudra, pour l'admission, autant de cornichons qu'il y aura de membres
présents ». Chaque sociétaire devra donner son adhésion la veille du banquet au
plus tard, sous peine d'être mis à l'amende d'une bouteille de Champagne. Enfin,
en avisant d'avance le secrétaire, chaque membre aura le droit d'inviter, « au nom
de tous », tout artiste ou homme de lettres de passage à Lyon ; mais il est interdit
d'amener au banquet un convive habitant la ville, quel qu'il soit. Le nom de l'invité
sera mentionné par le secrétaire sur la convocation qu'il adressera à chaque
sociétaire ».
     L'usage s'établit bientôt de couronner de fleurs — à l'antique — celui des
dîneurs dont les vers où la chanson avaient été le plus applaudis.


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      Après ce banquet inaugural, dix-sept places étaient vacantes à « la Chose ».
Elles furent bientôt sollicitées et attribuées. Les procès-verbaux, en vers, du secré-
taire — Genod, puis Boitel — mentionnent l'admission de René Dardel, architecte
de la Ville ; des peintres Auguste Flandrin, l'aîné des trois frères, Alexandre Du-
buisson, l'animalier, et Hector Reverchon, professeur de dessin à l'Ecole vétérinaire ;
des poètes ou écrivains : Victor de Laprade, alors professeur de littérature à la
Faculté de Lyon, Alexis Rousset, comptable, Sébastien Kauffmann, poète, vaude-
villiste, rédacteur au Censeur et vérificateur d'octroi, Claudius Billiet, négociant
sous ce nom, en littérature Antony Rénal, le romancier un moment fameux de la
Robe rouge ; du docteur-chansonnier René Morel, aussi spirituel qu'il était
chauve, du bibliophile Léon Cailhava, directeur de messageries, d'Hubert Barioz,
joyeux bohème sans profession fixe, doué d'une voix merveilleuse de baryton téno-
risant.
    Rev. Lyon,                                                                   27