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Les noms des autres élus ne nous sont pas connus, du moins par les procès-
verbaux. L'unanimité exigée pour l'admission des candidats en fit évincer quelques-
uns. Ce fut le cas d'un journaliste du nom de Joachim Duflot, qui écrivait alors
au Lutin, « journal des Théâtres et des Salons » imprimé sur papier de couleur.
Après l'échec de son rédacteur, le Lutin ne tarda pas à publier des articles vengeurs.
Il avait donné, le 27 juin 1841, les statuts d'une prétendue « Société des Bêtes » ;
le I e r août suivant, sous la rubrique « Festin d'Intelligences, pour faire pendant
au festin de Balthazar », il rend compte du récent banquet de « la Chose » et s'efforce
d'être méchant.
Le menu — raconte-t-il — comportait un potage et trois plats au choix ; une
« cassolette thuriféraire » fumait au centre de la table et chaque convive avait « un
encensoir à la main, pour son voisin ». La conversation ne devait « rouler que sur
le Génie ». Les dîneurs du pavillon Nicolas avaient sûrement « des vues très élevées
au-dessus de la Saône ».
Les chroniques du Lutin ayant fait quelque bruit, les membres de « la Chose »,
pour mettre les rieurs de leur côté, adoptèrent l'appellation dont ce journal les
gratinait. Ils nommèrent leur petit cercle « la Société des Intelligences », mais ils
décidèrent d'écrire le mot avec quatre l, pour bien marquer qu'ils ne prétendaient
pas avoir le monopole... de la chose. Dans un couplet rimé en 1843, Boitel disait,
en parlant de trois années écoulées depuis le banquet de fondation :
Le plaisir seul portait notre bannière
Et l'amitié nous avait tous comptés ;
La jalousie, alors, vint par derrière
Vous baptiser du nom que vous portez.
Déjà , à ce qu'il semble, et, vraisemblablement, depuis le début de 1842, les
Intelllligents — on disait les Intell — avaient pris, entre eux du moins, un surnom.
Ils s'appelaient « les Bonnets de coton ». Un dessin anonyme, reproduit par Alexis
Rousset dans un de ses recueils d'autographes, représente, à un banquet du cénacle,
l'acteur Louis Brindeau qui, étant alors jeune premier aux Variétés, vint à Lyon
au début de décembre 1841 et donna, jusqu'au milieu de 1842, des représentations
aux Célestins, en même temps qu'André Hoffmann, premier comique à la Renais-
sance. Le dessinateur montre, au premier plan, Brindeau en habit noir et gilet
blanc, coiffé d'un bonnet de coton et déclamant devant ses hôtes attablés, tous affu^
blés de la même coiffure. Au bas de la page est cette légende :
« L'acteur Brindeau (des Français)2 récitant des vers dans le restaurant de
la mère Brigousse (aux Charpennes). Il y faisait froid, quelqu'un demanda un
bonnet de coton. Il en fut apporté deux ou trois. Alors Brindeau sortit et se fit