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templant un couteau de belle taille (voir p. 414), il ne fut point un homme
sanguinaire, ou, comme il disait, un caraïbe. A vingt et un ans, il eût pu
descendre dans la rue et se mêler aux héros des trois glorieuses. Mais son
père le tient enfermé. A part un duel raté avec Armand Marrast, sa seule
action sauvage se borne à quelques quolibets contre le peu vindicatif Louis-
Philippe qu'il compare à un homard. Et tout le reste n'est que romantisme,
punch, adultère, tabac de Maryland, papel espanol por cigaritos, le pro-
gramme d'un jeune commis du Bon Marché un soir de gratification. On
laisse pousser sa barbe (deux seules barbes en France, la sienne et celle
de Deveria), on porte le chapeau rouge des bousingos, et l'on a son por-
trait en « gilet rouge, habit aux larges revers pointus, gants sang-royaliste,
dans un cadre tricolore ». Il n'est plus que d'aller tirer les sonnettes.
      Et l'imagination, puérile par ses manifestations extérieures, l'est
malheureusement aussi par son orgueil et ses prétentions. Il va se consa-
crer au théâtre :
       Oui. Je veux accomplir une œuvre grande et neuve!
       Oui, pour vous mériter je m'en vais dénouer
       Dans mon âme tragique et que le fiel abreuve
       Quelque admirable drame où vous voudrez jouer !

       Shakspeare applaudira ; mon bon maître Corneille
       Me sourira du fond de son sacré tombeau!5
     Sa seule production dramatique, à part un Comte Alarcos, encore
inédit, c'est Agarite.
     Agarite! Pourquoi les comédiens en quête d'actes gais n'ont-ils
jamais songé à Agarite} Seule, assise près d'une table, Agarite se lamente.
Il lui va falloir, pour sauver son père, épouser un « vieillard cruel »
       (Ses cheveux sont tout blancs, ils exhalent la mort)
un « ancêtre », quand, tout à coup, « la porte est agitée ». C'est l'amant
d'Agarite, Adrien. Il approche, il entre gaiement, il l'embrasse.
                            AGARITE   (souriant).
                                          Finissez, polisson.