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Rien n'est moins justifié d'autre part que cette sorte d'affection exagérée
que certains de nos compatriotes professent pour les pays qu'ils traversent,
parce que des gens qui s'entendent à merveille à flatter nos petites vanités
leur ont témoigné quelques égards, si bien que l'intérêt de leur pays
semble moins les toucher que celui du pays dont ils sont les hôtes passa-
gers. La vérité est qu'il faut se tenir entre ces deux excès. Tous les peuples,
grands ou petits, ont leurs défauts et leurs qualités ; il faut les reconnaître
sans parti pris et ne généraliser qu'avec une extrême prudence. Je m'effor-
cerai, en parlant de la Grèce, de ne pas m'écarter de cette règle de sagesse
et de bon sens, surtout dans la recherche et l'appréciation des causes
qui ont amené la récente crise qui a si fort surpris l'opinion dans le
monde entier.
      Ce fut en effet comme un coup de théâtre. Jusqu'à la veille du jour
des élections la presse universelle n'émettait pas le moindre doute sur
le succès, que dis-je, sur le triomphe du parti venizeliste : la campagne,
prétendait-on, se déroulait au milieu des acclamations du peuple. Puis
brusquement, sans transition, les dépêches annoncèrent la défaite, M.
Venizelos lui-même n'arrivant pas à se faire élire, obligé de quitter Athè-
nes, le triomphe de Constantin, son retour entrevu, bientôt réalisé d'ail-
leurs. On s'est demandé, on se demande encore comment ce changement
si subit a pu s'opérer et aussi comment ceux qui ont charge de renseigner,
soit les gouvernements, soit l'opinion ont pu à ce point se laisser mettre
en défaut. C'est peut-être parce qu'ils sont en pays étranger très loin des
peuples, qu'ils y vivent dans une atmosphère spéciale et artificielle où
ne pénètrent que les vérités officielles, lesquelles ne sont pas toujours
de vraies vérités ; il eût fallu se rapprocher des électeurs pour comprendre
et pour prévoir.
      La première et la plus importante raison de cette volte-face de
l'opinion hellénique semble bien avoir été une profonde lassitude. M.
Venizelos l'a reconnu lui-même dans la déclaration qu'il a été amené à
faire le 25 février 1921 à la Cour d'assises de la Seine dans le procès Tze-
repis et Kyriakis. « Depuis lors, a-t-il dit, las de l'armistice et de la mobili-
sation prolongée, le pays en a eu assez de moi, et on m'a accusé de tyrannie ».
Voilà un témoignage qu'on ne saurait récuser. Quand on y réfléchit,