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 cette lassitude s'explique, et je ne suis pas assuré que M. Venizelos ne
 tenterait pas de l'excuser.
      Il a somme toute beaucoup demandé au peuple grec en ces dernières
 années. Dès octobre 1912 on a procédé en Grèce à la mobilisation générale,
 puis a suivi la double campagne balkanique : prise de Salonique, siège
 de Janina, et enfin la guerre bulgare. Ce n'est guère qu'au début de 1914
 que la démobilisation a été faite complètement. En octobre 1915 nouvelle
 mobilisation générale, cette fois l'armée grecque ne se bat pas, mais elle
reste l'arme au pied en Macédoine, mal nourrie, mal vêtue, à peine chaus-
sée, ne sachant ce qu'on attend d'elle, ne comprenant pas pourquoi on
la maintient dans la plus démoralisante des inactions ; puis surviennent
les événements de 1916 ; à peine la démobilisation décidée, c'est l'installa-
tion du gouvernement de la Défense nationale de Salonique, puis la
mobilisation à nouveau, cette fois par échelons, la Crète, les Iles, la Macé-
doine, puis, à partir de 1917, la Thessalie ; enfin, peu à peu, la Grèce
entière se mobilise, prend part à l'action générale sur le front balkanique,
enregistre des succès comme la prise de Skra di Legen, éprouve des
pertes, et une fois l'armistice de septembre 1918 signé reste encore
mobilisée en vue d'opérations éventuelles en Thrace et ensuite en Anatolie.
Au moment des élections, la situation n'était guère changée. La Grèce
était encore sur le pied de guerre. Faut-il s'étonner que le peuple
hellénique ait ressenti quelque fatigue et qu'au fond de lui-même il ait
été disposé à trouver que la politique de M. Venizelos coûtait bien
cher à tous égards et qu'il ne voyait pas la fin de ses labeurs et de ses
souffrances ? Il n'avait qu'un moyen de manifester la fatigue qu'il ressen-
tait : voter contre le parti venizeliste. Ce moyen il l'a saisi dès qu'il lui
a été offert.
     Au fond, si on veut être juste, il faut reconnaître que la tâche qu'on
imposait à la Grèce était bien lourde ; peut-être était-elle au-dessus de
ses forces. Le rôle glorieux de Soldat de l'Entente qu'on lui remettait
entraînait des sacrifices durs et prolongés. Avait-on calculé la puissance
de résistance de ce pays qui, depuis quelques années, avait grandi consi-
dérablement mais n'en était pas moins demeuré à tant d'égards un petit
peuple? Ce fut là l'erreur fondamentale de cette politique d'inspiration