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temps à s'apercevoir que ce n'est pas précisément cette politique de paci-
fication que la raison voulait qu'on suivît. Non seulement on n'a jamais
cessé de se battre en Orient, mais à côté des conflits déclarés, il y a des
conflits latents, dont on sent obscurément qu'ils surgiront un jour ou
l'autre, quand sonnera l'heure propice. En ce moment, c'est en Anatolie
et en Cilicie que la guerre se continue ; qui oserait affirmer que demain
ce ne sera pas en Macédoine et dans les Balkans qu'on en viendra aux
mains? Quelle est donc cette politique qui n'a pu faire cesser la guerre
dans le présent, qui l'a peut-être préparée pour l'avenir? Ce n'est pas,
il faut l'indiquer très nettement, une politique française, c'est avant tout
une politique anglaise. Il est un peu mélancolique de constater, mais il
est nécessaire de le faire, que nous qui occupons — ou qui occupions —
en Orient une place prépondérante, nous dont la langue y est si largement
répandue, nous dont les établissements couvrent littéralement tout le
Levant, nous qui d'autre part possédons des intérêts économiques plus
considérables que ceux de n'importe quelle puissance : banques, chemins
de fer, ports, concessions de toute sorte, neus sommes depuis la fin
de la guerre, en Orient, à la remorque de l'Angleterre. Elle mène le
train et nous suivons. Nos intérêts en ont souffert et en souffrent. Notre
prestige s'en va diminuant chaque jour : aux yeux des populations
indigènes nous avons l'air de ne pas savoir ce que nous voulons, ou de
n'avoir pas la force de faire prévaloir notre volonté. Tout cela est pour
nous profondément regrettable ; il ne semble pas, par contre, à voir la
situation générale, que les intérêts de l'Europe y aient beaucoup gagné.
      L'Angleterre avant la guerre paraissait peu se soucier du Levant.
Son pavillon certes s'y rencontrait, parfois plus souvent que le pavillon
français, mais cela tenait à la supériorité de sa marine marchande et au
déclin de la nôtre. D'autre part, même dans les Echelles, les colonies
anglaises étaient peu nombreuses. C'est à peine par exemple si à Salonique
on comptait une dizaine de sujets britanniques, dont plusieurs d'origine
maltaise parlaient à peine l'anglais. Les intérêts économiques anglais
si on les comparait aux nôtres, étaient peu considérables, sauf peut-être
à Smyrne où une ligne de chemin de fer était concédée à une compagnie
anglaise ; c'était d'ailleurs l'Echelle où ils avaient la situation la plus