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forte et où, grâce à un collège américain, on entendait un peu parler
anglais. Il y avait dans le Levant des sociétés commerciales à forme anglaise
mais c'était une simple fiction juridique destinée à assurer à des commer-
çants purement levantins et de nationalités diverses l'appui éventuel des
consuls britanniques. L'Angleterre concentrait toute sa politique orien-
tale en Egypte ; sa grande, son unique pensée était de garder libre la
voie des Indes ; du reste, elle se désintéressait sinon complètement, du
moins très largement.
On pourrait presque dire que les expéditions d'Orient firent décou-
vrir le Levant aux Anglais. D'une part germa en eux l'idée d'aller chercher
jusqu'en Mésopotamie la protection du canal de Suez ainsi que de la
frontière des Indes qui n'a cessé de les obséder depuis l'ouverture des
hostilités et de l'autre la pensée d'assurer leur emprise sur l'Inde et l'Egypte
en mettant d'une façon ou d'une autre la main sur le centre même de la
vie musulmane. En même temps qu'elle aspirait à tenir sous son contrôle
les organes qui impriment la vie à tout l'islamisme, l'incomparable situa-
tion de Constantinople l'attirait invinciblement. Avec Gibraltar, l'Egypte
et Constantinople, l'Angleterre devenait la maîtresse indiscutée de la
Méditerranée et du Levant tout entier.
Il faut d'ailleurs observer qu'il en va de la politique anglaise comme
de presque toutes les politiques extérieures. Au fond elle est l'œuvre d'un
groupe assez restreint. Le pays s'en occupe peu et n'y pense guère, il a
d'autres préoccupations, le chômage, la guerre civile en Irlande. Comme
en Angleterre le sentiment religieux est très profond, le groupement de
fonctionnaires coloniaux, de diplomates, d'hommes d'affaires et de poli-
ticiens qui s'intéresse aux questions orientales et rêve de reprendre sur
le Bosphore la politique qui a si bien réussi, à notre détriment d'ailleurs,
sur les bords du Nil, a cherché non sans succès un appui dans l'opinion
publique en réveillant l'esprit de croisade et en exploitant dans les milieux
religieux la haine traditionnelle de l'Infidèle ; on s'est appesanti sur les
malheurs des communautés chrétiennes, des Arméniens surtout. C'est
ainsi qu'une politique très réaliste au fond s'est trouvée soutenue par
le sentiment populaire surexcité contre l'incroyant avec d'autant plus
de facilité qu'il y a très peu de missionnaires anglais en Turquie et que,