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ce qui se passe en ce pays troublé. L'Orient pèse sur les destinées de
l'Europe d'un poids plus lourd qu'on ne se l'imagine. On n'a pas compris
pendant la guerre l'importance du front balkanique, front secondaire,
disait-on, front négligeable et négligé : c'était pourtant de ce front que
devait partir le signal de la victoire finale. Seuls le sentaient ceux qui,
de là-bas, avec le recul indispensable, voyaient la situation dans son en-
semble, et ceux-là, systématiquement, on refusait de les écouter. Il ne
faudrait pas dans la paix retomber dans la même erreur. On n'a pas le
droit d'oublier que c'est en Orient et à propos d'une question orientale
qu'est née la grande guerre. Certes on peut prétendre que le conflit
oriental ne fut que la cause occasionnelle de l'immense conflagration
qui s'est déchaînée à travers le monde. Il n'en est pas moins vrai que la
guerre devint inévitable malgré les efforts combinés de la France et de
l'Angleterre et les dispositions certainement peu belliqueuses de la
Russie, dès que furent mis en opposition violente les intérêts et les convoi-
tises qui s'entrechoquent en Orient. Si les puissances occidentales n'arri-
vent pas à créer la paix en Orient, on peut se demander si ce n'est pas
là que pourrait renaître l'incendie qui vient à peine de s'éteindre. On
peut hardiment prétendre que si on le laisse à nouveau éclater sur cette
terre classique des crises et des troubles, on sera dans l'avenir aussi impuis-
sant à le circonscrire qu'on l'a été en juillet 1914. La paix européenne
est liée à la paix orientale.
     Car l'Orient est essentiellement le pays des surprises et nous apparaît
tel, d'autant plus que nous le connaissons peu et mal. L'Europe vient
d'en avoir une nouvelle preuve dans la récente aventure grecque et dans
la débâcle imprévue du parti vénizeliste. On savait les Grecs inconstants
et volages, mais on leur reconnaissait une certaine finesse et un certain
sens politique. Il semblait qu'à défaut de la plus élémentaire reconnaissance
pour le grand homme qui a sauvé son pays et qui, par la force de son génie
et la netteté de sa décision, non seulement a conservé son territoire intact
mais l'a accru d'une façon inespérée, la crainte de tout remettre en question
alors que rien n'était encore ratifié eut dû les attacher invinciblement,
par intérêt même, à celui qui a été l'artisan de la grandeur de son pays
et qui l'incarne encore aux yeux des puissances occidentales. Il n'en a