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34 UNE PROMENADE EN DAUPHINÉ
son parcours, que trop digne de la peinture peu flatteuse
qu'en a donnée M. Aimé Vingtrinier. Par une accablante
journée d'été, le vénérable écrivain déambulait péniblement
en ces parages, à la recherche de l'oasis où il espérait ren-
contrer le docteur Philippeau son ami : « ... Bientôt nous
« nous trouvons en présence d'un crête caillouteuse et
« pelée. Nous contemplons avec effroi le morceau que
« nous avons à gravir. Après y avoir réfléchi, nous nous
« lançons, le cheval se cramponne et fait des efforts inouïs.
« Quel chemin du paradis ! quelle poussière ! quel soleil
« sénégalien ! quelle atroce réverbération des cailloux
« roulés! quels cahots à briser les reins! Comme il faut
« avoir l'espoir d'une bonne réception et la pensée de
« curiosités archéologiques de premier ordre pour sur-
et monter de pareils obstacles!... » (Fantaisies Lyonnaises,
1882, p. 146.)
Hélas ! la cruelle déception qui attendait au terme de cette
rude montée M. Vingtrinier, sera le partage de quiconque
viendra là avec d'autre espoir que d'y goûter le charme des
vieux souvenirs, ou de se livrer aux plaisirs cynégétiques
dans les grands bois qui couvrent cette région accidentée.
Il est peu de nos anciens établissements conventuels qui
aient subi autant que celui-ci les atteintes d'une destruction
presque entière. Ce qui en subsiste est tristement insigni-
fiant : un autel mutilé, reste de la chapelle du prieur; du
grand cloître, un fragment délabré, sorte de corridor voûté
dont le mur latéral présente çà et là quelques amorces
d'arcades disparues. Le cimetière est devenu un jardin
potager; une tuilerie affreusement banale et prosaïque a
remplacé l'église aux boiseries élégantes ; une grange vul-
gaire occupe l'emplacement de la grande entrée. On
admire encore l'assemblage des grosses poutres en bois de