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 32             UNE PROMENADE EN DAUPHINÉ

 et demi sur une largeur de mille à quinze cents mètres,
 avec une profondeur allant de vingt-cinq à trente-deux
 mètres.
    Rien de plus agréable que le paysage qui l'entoure.
 D'un côté les hauteurs boisées de Billieu/ de l'autre une
 longue succession de collines aux gracieux contours, à
 droite le vallon de la Fure aux épais ombrages, à gauche une
 plaine où pointe le clocher de Paladru et tout au fond le
village de Montferrat. Ce charme s'augmente encore de je
 ne sais quoi de mystérieux, d'un attrait particulier né du
 silence et de la solitude qui régnent sur la plus grande par-
 tie de ces bords. Il n'est pas jusqu'à lalégende qui n'évoque
 en ces lieux la fantastique vision d'êtres à jamais disparus.
 Aux jours de grandes solennités, les villageois riverains
 disent entendre, venant des profondeurs du lac, le son des
 cloches, qui sont celles d'une ville abîmée dans ses eaux,
 dont ils prétendent apercevoir les maisons à travers la lim-
pidité cristalline de l'onde. De fait, à diverses époques, des
objets mobiliers ont été retirés du lac, ce qui s'expliquerait
par la tradition constante qu'un centre d'habitations existait
jadis sur son emplacement. L'historien Chorier, avec plu-
sieurs autres, en fait mention. C'était la ville à'Ars dont
le nom se retrouve encore dans celui du hameau actuel de
Versars, mais ils ne s'accordent pas sur la cause de sa dispa-
rition.
   D'après les uns, la malheureuse cité fut anéantie par une
punition de Dieu pour s'être opposée à l'établissement des
Chartreux dans la forêt voisine; d'après les autres, la plaine
sur laquelle elle s'élevait, minée par les eaux, s'effondra à
la suite d'une violente secousse : tout fut englouti et le lac
apparut là même où se voyaient auparavant des champs
cultivés et une population de laboureurs.