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138 LA REVUE LYONNAISE nommé Pagano, il est cité par les historiens, à l'occasion de la prise d'Antioche par les Croisés. Le siège de cette ville (1097-1098) traînait en longueur, lorsque Bohémond apprit que l'émir de Mossoul s'avançait au secours d'Antioche, à la tête d'une armée considé- rable. Bohémond se hâta alors d'accepter les avances qui lui avaient été faites par un capitaine des forts d'Antioche, nommé Phirous. Ce traître, chrétien renégat, ayant à se venger du général musulmam qui défendait la ville, avait résolu de la livrer aux croisés; il promit donc à Bohémond de remettre en son pouvoir trois tours de la ville en échange d'une grosse somme d'argent. A l'heure indiquée, le prince de Tarente s'avance avec ses troupes au pied de la tour, dite des trois-sceurs, commandée par Phirous, et, sur l'ordre de Bohé- mond, Pagano monte à la tour par une échelle de cuir, que lui a jetée Phirous; celui-ci le reçoit, lui dit que tout est préparé, et, pour lui donner un témoignage de sa fidélité, il lui montre le cadavre de son propre frère qu'il avait égorgé, n'ayant pu l'entraîner dans son complot. A ce moment, un officier de la garnison vient visiter les postes, il se présente avec une lanterne devant la tour ; sans laisser paraître le moindre trouble, Phirous fait cacher l'émissaire de Bohé- mond, et vient au-devant de l'officier. Il reçoit des éloges sur sa vigilance et se hâte de renvoyer Pagano avec des instructions pour le prince de Tarente. Le Lombard revient auprès de l'armée chré- tienne, il raconte ce qu'il a vu, et conjure Bohémond de ne pas perdre un moment pour agir, ce qui fut fait. Soixante croisés montent par l'échelle de cuir. Phirous attache au rempart une seconde échelle, et indique une porte que les croisés enfoncent aus- sitôt. La ville fut ainsi prise, et Bohémond fut acclamé prince d'An- tioche par tous les chefs. (1) Ce chevalier Pagano qui prend part si vaillamment au siège d'An- tioche serait des Pagani de Mondovi, et c'est lui qui, vingt ans plus tard, aurait fondé l'ordre des Templiers. Les généalogistes des Pagani de Mondovi connaissaient cette légende, mais il faut les féliciter de n'en avoir rien dit. (1) Michaud. Histoire des Croisades. Paris, Fume, 1857. (Tome I, page 171.)