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SIMON SAINT-JEAN, PEINTRE DE FLEURS 105 aide, et lui démontrèrent facilement qu'unir son sort à celui d'un artiste, quand on a soi-même quelque bien, c'est faire une de ces graves sottises que le monde ne pardonne pas. La jeune fille écouta la voix de la raison, et, bientôt après, au grand désespoir du peintre, elle épousa un homme, qui, comme elle, avait une position. Peu d'années s'étaient écoulées que les rôles étaient changés. Le brillant artiste était parvenu à la fortune comme à la gloire ; la jeune fille, elle, n'avait pas trouvé le bonheur dans son ménage, et un sot époux avait dissipé une partie de cette aisance dont on avait été si fier. Un jour, la jeune et malheureuse femme entre au salon de Lyon; elle voit les tableaux, et, en présence d'une toile entourée d'admira- teurs, pousse un cri et s'évanouit. L'infortunée ! Elle venait de voir une de ces toiles célèbres que les amateurs se disputaient à si haut prix, et, dans la foule, souriant et radieux, le beau jeune homme qu'elle avait dédaigné. C'était la richesse qu'elle avait repoussée ! l'opulence qu'elle avait refusée ! l'or, cet or auquel, ainsi que sa famille, elle avait tant tenu, qui lui avait échappé, outre un nom brillant, la tendresse, la paix intime et l'amour. Saint-Jean connut-il cette scène si douloureuse? Je l'ignore. S'il la connut, je suis certain qu'il ne triompha point d'avoir été vengé. * * * Il n'est point de parfait bonheur. Notre peintre l'éprouva quand il perdit sa mère et sa sœur. Ce fut un sacrifice cruel pour lui, et il eut de la peine à se consoler. Le séjour de Millery lui devint pénible et douloureux; le soin de sa renommée, les devoirs du monde et de la société le rappelèrent à Lyon. Sans dire adieu à Millery, où il avait laissé les cendres de ceux qu'il aimait, il revint dans notre ville, où les encouragements les plus vifs l'attendaient. Mais, pour un amour déçu, il ne s'était point voué au célibat. « C'est trop aimer, quand on en meurt, » dit un proverbe aussi sage