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LA 104. R EV UE LYONNAISE Angleterre et en Russie, d'où les commandes lui furent adressées par les amateurs les plus célèbres de ces deux pays. Ce fut à un des premiers salons lyonnais où Saint-Jean eût exposé que le peintre François Lepage, en visitant la salle, se trouva, pour la première fois, en présence d'une toile de son ancien élève. Emerveillé, comme la foule, étonné, ravi de cette magistrale composition, Lepage s'avança, et vit Saint-Jean au milieu de quelques amis qui le félicitaient. Il s'approcha, la main tendue, et de ce petit air de protection qui ne l'abandonnait jamais, il lui dit avec familiarité : « Bien, très bien! mon jeune ami; continuez, et bientôt l'élève égalera le maître. > : Malgré sa modestie, Saint-Jean rougit; mais le groupe des assis- tants ne put s'empêcher de sourire, car, aux yeux de l'Ecole lyon- naise tout entière, il y avait longtemps que le jeune élève avait sur- passé son professeur. A la même époque, à peu près, doit se placer un des épisodes les plus touchants de sa vie. A propos d'un mariage manqué par lui, qu'il me soit permis de citer un autre mariage plus imponant qui n'eut pas lieu non plus, mais dont l'histoire moderne de France n'a point dédaigné de s'oc- cuper. A la fin du siècle dernier, un officier corse demanda la main d'une jeune fille de Valence, belle et ayant une jolie dot, outre sa beauté. L'officier fut éconduit, comme n'ayant pas une fortune suffisante. Quand le Corse fut devenu empereur, peut-être la jeune fille dédaigneuse pleura-t-elle de rage, sinon d'amour, de n'avoir pas voulu être Madame Bonaparte, et, sans doute aussi, la famille valentinoise eut-elle de cuisants remords de n'avoir pas voulu que son enfant montât sur un trône, à côté de celui qui avait demandé sa main. Saint-Jean eut pareille aventure Jeune, beau, aimant, connu déjà et plein d'avenir, l'aimable artiste avait offert ses vœux à une jeune fille, qui, sans dire non, n'osait pas prononcer ouvertement un oui. Elle hésitait. Ses parents vinrent à son