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                            JEAN T I S S E U R                      613
nommés eussent dû faire de même. Qui n'a présents à l'esprit ces
vers des Chants du crépuscule ?
            Soyez comme l'oiseau posé pour un instant
                Sur les rameaux trop frêles,
            Qui sent plier la branche et chante cependant,
                 Sachant qu'il a des ailes.

 , Je les ai rencontrés inexactement cités par un auteur :
            Soyez comme l'oiseau posé pour un instant
                Sur le rosier trop frêle...

   L'avait-il fait par inadvertance? C'est probable. Mais comme
les oiseaux, n'en déplaise au grand Hugo, ne se posent pas géné-
ralement sur un très grand nombre de rameaux à la fois, je crois
que la faute était heureuse ; et c'est en rimant peu exactement que
le citateur avait bien dit.




                                     V

   Un des traits qui établissent le mieux la différence entre la poésie
de Jean Tisseur et celle de l'école romantique, dont l'école moderne
est issue, c'est sa précision et son exactitude : deux qualités qui se
confondent. ]l peut, au premier abord, paraître extraordinaire de
refuser aux poètes du jour la qualité dont ils se targuent le plus,
celle de « l'esprit scientifique », comme ils disent, mais l'opinion
est aisée à justifier. Il est bien vrai que la nouvelle école, pour
mieux faire ressortir les objets, emploie beaucoup de couleurs,
mais ce sont des couleurs voyantes, non des couleurs exactes.
Puis, la richesse de la rime, c'est-à-dire le choix d'un très petit
nombre de mots imposés d'avance, exclut la précision de l'idée.
Toute la poésie moderne est pleine d'images fausses et d'images
vagues, parfois d'images absurdes, imposées par le dieu inepte et
féroce de la rime. Quand Victor Hugo nous montre
            ... Une perruche au pied leste
            Dans le blé jaune,..