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                                JEAN T I S S E U R                             611
 dans la rime autre chose que le timbre. Rien ne l'eût décidé à
 rimer pour les yeux, à atteler ensemble, comme Voltaire, léger
 et air, monsieur et douleur ; ou comme Racine l'adjectif fier et
 le verbe associer, mais il n'hésitait pas à écrire, contre les pré-
 endues règles des traités de versiflcatio n :
                                     A Phébé qui te voit
               Poète, allons, ce soir, chante un hymne avec moi.


              Oh ! ne dédaignez pas de tresser, de suspendre
                  Des couronnes de rameau vert
              Aux flancs du chariot qui vomit de la cendre ;
                  Sous les feuilles cachez le fer.


              Et cette sève au sang dont il est tiède encor
              Se mêle, et dans ce champ engraissé par la mort.


              Cette nuit, sur le front de la cité qui dort,
              Étoile du travail, tu mets ton rayon d'or.


              Sous la tente en coutil, là seule, au bout d'un banc,
              Une femme est assise et feuillette un roman..


              Le poète est très grand et très noble et très haut ;
              Sa pensée est de tout le miroir et Yécho.

   Ce n'était pas, comme on voit, par inadvertance ou négligence
qu'il associait ainsi des rimes fort sottement proscrites par les
grammairiens. C'était un parti pris très arrêté chez lui que la con-
sonne qui ne se prononce pas n'altère pas la rime, la rime ayant
été inventée pour l'oreille et non pour les yeux. 11 écrivait :
              Plus graves, portant chape, éphod et manipule,
              Pontifes et docteurs délibèrent entre eux :
              Anathème à l'intrus, dit l'irascible Jules...

  Sans prendre même la peine d'user de la licence autorisée d'or-
thographier Jule '.

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    Dans l'impression de la pièce, nous avons cru devoir nous conformer à l'usage.
Je ne sais si ce n'est pas un tort.