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 538                     LA REVUE LYONNAISE

     « Coumc d'cstr. îigèiro vestido,               « Gomme des étrangères bien ve-
                                                  lues, vos fillettes dévergondées — sur
     Vosti chatouno aboumianido,
                                                  leurs belles joues fleuries, — blondes
     Sus si bello gauto flourido,                 comme l'huile et comme lo bon grain,
Tan bloundo courue l'oli e coume lou bon gran,    — laissent mordre les franchimans,
     Laisson mourdi li franchiman                 — les Anglais et les joueurs de Mo-
                                                  naco ;—laisse-moi cueillir mes pêches
Lis ingleses e li jougaire de Mounegue;
                                                  — et mes raisins à pleines mains.
     Laisso me culi mi pessegue
     E mi rasin a pleno man.

     « Iéu, souto lis aubre d'amouro,               « Moi, sous les arbres de mûres, —
     Ame mai teni ma pastouro,                   j'aime mieux tenir ma bergère, —
     Ame mai pantaia très ouro,                  j'aime mieux rêver trois heures, —
                                                 la tète en arrière, comme un gardien
La tèsto a rèire, coume un gardian de la crau,   de la Crau; —j'aime mieux, devant
     Ame mai, davans moun oustau,                ma maison, — avec ma blanche chèvre
Eme ma blanco cabro arriba mi galino,            nourrir les poules, — que d'aller faire
     Que d'ana faire la mounino,                 le singe —pour les beaux Messieurs
                                                 de là haut.
     Fer li béu messies d'amoundàu.

     « Ai mi pibo, e lou brusc d'abiho             « J'ai mes peupliers et l'essaim
     Que s'espandis dins lis aubriho ;           d'abeilles — qui s'épand dans les ar-
     Ai li viouleto dis Aupiho,                  bres ; — j'ai les violettes des Alpilles
                                                 — Et je vois le Ventour qui se dresse
13 vese lou "Ventour que s'enausso eilalin.
                                                 là-bas; — ma chèvre a tant d'arbou-
    Ma cabro a tant de rebaudin,                 siers, — et moi tant d'oliviers que
E iéu tant d'àuliviè que soulet pouden viéurc,   soûls nous pouvons vivre. —O jeunes
    O jouvènt! E quand vole beure                gens! et quand je veux boire — j'ai
                                                 mon plein verre d'eau et de vin.
    Ai moun plen got d'aigo e de vin.

     Quand, sus sa testo risouleto,                 « Quand sur leur tête rieuse — les
     Li chat pourtaran la barreto,               garçons porteront le bonnet, — si
     Se vosti flbo besuqueto,                    vos filles dédaigneuses — à ceux qui
A li que parlaran om'un menut assen,             parleront avec un accent pointu, —
                                                 rient et jie répondent rien, •— alors,
     Rison, e ié respondon ren.                  ô mes amis, mes braves camarades,
Alor, o mis ami, mi bravo cambarado,             ardents comme une soleillade,— avec
     Arden coum uno souleiado,                   le tambourin nous viendrons.
     Emé lou tambourèn vendrèn.

    O jouvenet, me poudès creire ! »                et O jeunes gens, vous pouvez me
    — Es per acô que lou bon rèire,              croire ! — C'est pour cela que le bon
    Que dins lis iero vol plus veire             aïeul — qui dans les aires ne veut
                                                 plus voir danser gracieusement —
Trepa poulidamen li chato e li gourrin           les filles et les débauchés — qui sont
    Que soun vengu per lou camin                 venus par le chemin — d'Arles, de
D'Arles, de Mounpeye, de z'Ais o de Marsiho,     Montpellier, d'Aix et de Marseille, —
    S'ès esçoundu dins la pastriho               s'est caché chez les pâtres — et qu'il
                                                 a crevé son tambourin !
    E qu'a creba soun tambourin !
                                                                      J.   BOISSIÉRE .
                    Jùli BOOISSIERO.
                                                    Septembre 1?84.
 Sétembre 1884.