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536 LA REVUE LYONNAISE C'était les premiers rayons du soleil levant ; et la belle charbonnière au dehors de la porte brisait la sonnette et s'égosillait à crier Jean. Aussitôt que Jean l'entendit, vite, vite il courut ouvrir la porte, et plus heureux que des rois ils retournèrent tous deux à la cabane du charbonnier. Plus de quinze jours, ils revinrent au château, retournèrent au bois, et je me suis laissé dire qu'ils ne languissaient pas. Un jour pourtant, Jean se leva triste, et lorsqu'ils furent seuls, lui dit avec tendresse : — Il y a bien assez longtemps que je suis ici. J'étais parti pour chercher la Peur et ne l'ai pas trouvée ! Il ne faut pas que j'oublie mon devoir ! ma mère m'attend, il faut que je parte demain. Quand j'aurai trouvé la peur, je reviendrai, et pour toujours. S'il lui avait donné un soufflet, certes, il aurait moins fait peine à la jeune fille. Elle inclina la tête pour cacher une larme, et, pensait-elle : Si je pouvais lui faire Peur, peut-être ne partirait-il pas ! L'amour la conseilla bien. Que fit-elle ? Elle garnit un vol-au-vent de tous les appeaux que sou père avait en cage ; et le soir, à souper, la jeune fille apporte sur la table le vol-au-vent roux et croustillant à charmer l'œil. — Hé ! dit le vieux charbonnier, — tu ne nous avais jamais fait de semblables choses, mignonne !... Hé, comment cela se mange-t-il ? » Laissez, dit le jeune homme, je vais le découper. Et comme il enlève le dessus, rieù-chieù-chieù, tous les moineaux, lespies- giïèches et les gros-becs lui partent à la fois et lui font une peur à le renverser. — Ah ! quelle Peur m'ont-ils fait ! dit-il. Hé cien ! maintenant je l'ai trouvée, la Peur ! » Et la jeune fille tout bas à l'oreille, lui dit : — Ainsi donc tu ne partiras plus. — Si fait, répondit Jean ; mais je t'emmène avec moi... Et, voilà comment Jean trouva la peur, et ne perdit pas son temps. ANSELME MATHIEU. que pouchejavo; è la bello carbouniero, de l'autre cairc de la porto, esclapavo la campaneto, le s'esgousihavo à souna Jan. Lèu-lèu Jan que l'ausis, lando pèvie durbi, e, countènt couine UQ rèi, s'entournon ensèn à la cabano doù carbounié. Mai de quinge jour à -de-reng, ensèn venguèron au castelas ; anavon au bos, e me sièu eissa dire que se languissien pas. Un jour pamens, Jan se levé triste que-noun-sai, e quand fuguèron soulet, J a n ie digue tendramen : — l'a proun tèms que sièu eici. Sièu parti pèr ana cerca la Pou, e l'ai pas trou- vado I Noun fau qu'oùblide moun devé : ma maire m'espèro, fau que parte deman. Quand aurai trouva la Poù, revendrai, e restarai toujour. Se i'avié douna 'n baoeù, certo aurié pas tant fa de peno à la chato Cliné la teste pèr escoundre uno lagremo, e pensavo . Ah I se poudiés ie faire poù, beleù parlirié pas !... L'amour la counseié bèn. Que fai? Fourro dèns un pastis boufa toùti li jambe que soun paire avié en gà bi ; e lou vespre, à soupa, la chato adus sus la taulo lou pastis rous e cour- chouna que prenié pèr Hue : « Hoi ! faguè lou vièi carbounié, nous aviés jamai fa causo ansin, mignoto !... Eh ! coume aco se manjo? » — « Leissas, digue lou drôle, lou vau chapouta. » E coume lou descurbecello : rieù-chièu-chièu! toùti li passeroun, li tarnagas e li gros bé ie parton â la fà ci, e ie fan uno poù que lou toumbo rede. — « Oh ! queto Poù m'an fa 1 digue, Ahl bèu ! aro l'ai atrouvado, la Poù ! » E la chatouno â l'auriho ie fai : « Aro adounc partiras plus. » — « Si,respond Jan, mai te mené emê ièu. » E vaqui coume Jan atroubé ço que oercavo, e perdeguè pas soun tèms.